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Poésie libre / L’autre réalité
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L’autre réalité
par Salus


Le vol mauvais des grands oiseaux sur l’onde Annonce, augure, un temps poissé de mots ; L’arbre est semblable aux plus petits rameaux, Hélas, s’ailer ! l’âme enfin vagabonde… Pour arracher du frein la réalité blonde Irrémédiable, et scie à nos sens anormaux, Force est pourtant d’arrimer les ivresses ! Cherchais-je, à cet azur faux d’un ciel noir, L’inverse abîme en un bleu laminoir ? Le décor peint d’immensités Ogresses, Vos nébulosités, muses enchanteresses, Cachent trop le vertige éternel d’un beau soir ! Quand le versant de neige noire flanche, Tant de boulets, charbon, sans un diamant, Rognant la cime où siffle un cri dément, Fondent l’idée en atroce avalanche Qui fait sombrer la feuille - et mon angoisse, blanche ! Rien qui veuille ou qui vaille à ce tâtonnement. ° ° ° Folle existence, et prison dérisoire ! Torpeur ! Coma ! Gigantesque œil sans fond, Les condamnés s’en viennent puis s’en vont, Faisant tinter leur impuissante histoire Face à la glace obscure où se mire la moire Du reflet : l’au-delà que cent fards contrefont ! Phénix issu de ces froideurs de cendre ! De cet espace atone où rien ne luit Que l’hydrogène, un fanal clair s’enfuit : Espoir ! daigne enfin du ciel redescendre ! Ton long chemin lacté, timide salamandre Tient, sous l’opale, du dédale enceint de nuit. ° ° ° Sac de chair et de peau nue écorchée, A rire seul sous l’averse de sel, S’astreindre, sans atteindre un peu de fiel, Fût-ce ! un renvoi d’une muse torchée ! Impuissance, oh ! Douloureuses laideurs, A cette pureté vierge impalpable Disparaissant aux taches de la fable, Et les effets si pâles de ces fleurs De sang, grumeaux d’aigreurs et de tristesses, Et ces démons de l’inférieur zénith, Poids de mon luth ! quid ? de Loth ou Lilith ! Feu ! Ce qu’accidentellement tu tresses Se pare du sublime et parfois luit, Devant tes grandes Ombres incroyables, Du beau regard violent d’antiques diables ! Puis, tout pacte périmé, c’est la nuit… ° ° ° L’immense silhouette, éternellement louche Devinée, est munie, inconcevable bouche, D’un appétit vorace, aigu, d’assassinats, Engloutissant sans cesse, au son des hosannas, Des civilisations, leur monde avec chaque être ; C’est le Temps, c’est Le sphinx d'un dieu dur à repaître ! Année inexorable, en tes révolutions, Sur le grand jeu d’échec à la règle fatale, Combien, sacrifiés, laisseras-tu de pions ? Il n’est, pour espérer, qu’une aile bien fractale, Hors les calculs abscons de Dédale, volant Si loin des vérités, d’un essor calme et lent, Qu’aucun soleil n’en puisse effacer nulle cire ! Elle nous portera, planant sus au délire, Avec le cri rêvé d’un impossible oiseau, Au-delà du vertige - et monter ! Jusques au Fond renversé du ciel, dans les vastes abysses Du songe, où profondeurs démystificatrices, Aucun nagual tapi ne guette, et le démon - Sylphe, esprit, spectre ou djinn - ici n’a pas de nom. ° ° ° Au noir profond… Minuscule escarbille ! Et tout de suite, un spectacle marin : Des gorgones de gaz que la couleur habille Lovent leurs bras spiraux à travers cet écrin Plus qu’éternellement vide - et diaphane… Es-tu, Matière, image, idée, effet ? Dans la réalité d’une absence océane Un maléfice a mis le feu ; Le mal est fait ! (Du songe abstrait - vie altière néante, Loin du souffle repu des grands flots verts, Aquilon dont le sacre est une ère méchante, Le rêve pur poussait où s’enflammaient des chairs !) La plante et nous, dont l’existence bouge, Crédules spectateurs des éthers faux ! Car le rideau des cieux, ce soir encore rouge, Sous l’azur dolent, cache, en d’insondables vaux La trombe lente et d’absolus vertiges… Hors d’horizons, plus vagues et plus vieux, Vacarmes renversés d’étranges cris de striges, Genèses aux brasiers des lointains prodigieux, Tout fuit vers l’infini d’un instant courbe ! L’espace se retourne et s’investit, Autophage expansion crevant le grand vide orbe De reflets aberrants où le vrai s’invertit. ° ° ° Des océans sans rivages ni grèves Naquit pourtant l’aile du rêve blond ; L’univers torve, au plus fort de ses trêves, Comme un tore voilé, indéfiniment long, D’où surgiraient parfois des hommes et des Eves ; L’univers torve, en art, change en somme le plomb ! ° ° ° De tes joyaux, Nature, aux eaux diaprées, Dans tes mille splendeurs et tant de riches gemmes, Il est un œil parmi les plus discrets, Entité minuscule, authentique totem, Lueur au sein de beautés empourprées, Phare d’un feu noyé d’éléphantesques rets, Il brûle en un brasier de stratagèmes Implosés de couleurs vives évaporées ; « Friche magique » est la formule ad rem ; Invisible éclair d’or au cœur de tant de traits De pinceaux, d’ombre, et de rais de lumière, Il englobe - et bien plus ! - l’univers d’un seul jet ; Il réinvente un monde au cryptique attifet D’auréoles féales au mystère ; Le créateur des dieux quand il en triomphait, Au gré de sa puissance, un savoir-faire Aux soubresauts de son génie insatisfait, Cette étoile ténue : Imaginaire !







Poème posté le 18/06/20 par Salus


 Poète
Salus



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