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Poésie libre / L'écoulement
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L'écoulement
par Paul Konstantin


Au sein de la pensée qui coule librement dans l’espace de mon esprit, des images incessantes remuent, se répétant comme un feu intarissable venant d’un tréfonds, un endroit inaccessible par la main ou par la pensée à la recherche du lieu de sa naissance, l’endroit premier. Je pose le principe de l’acceptation festive du tumulte qui me remue et me lacère en contradictions incessantes, comme des lames inversées se refermant sur la colonne, au risque de couper le sang minimum suffisant à la respiration. Alors j’envois parfois un signal de fusion des liens qui me font mal, pour les faire poudrer vers leur ciel de chair et de nerfs, formant une création de chaleur sourde à la compréhension raisonnable. C’est pour avoir moins mal, et passer dans un état suivant, je ne le connais pas bien sûr, il nait des cendres du précédent, déjà oublié celui-ci, il ne reste que le souvenir de la douleur, alors je pose ce calme comme fondation possible d’une pensée claire sur laquelle je pourrais me reposer et par ceci définir la suite de mes actes. Je peux tout aussi bien continuer l’écoulement, le regarder passer et me donner la chance de le retranscrire sur cette page, à l’intérieur de cet écoulement précédent, écrit ci-dessus, et je me demande si un écoulement dans un autre écoulement peut suivre des propriétés différentes, alors qu’en fait je peux en faire une suite logique de la nourrisse, prise comme cause de cet effet. Libre à moi de poser des perpétuations puis des révolutions momentanées qui modifieraient la matière motrice de cette volonté d’écriture. Le moment de ces révolutions est le moment où le cerveau prend la décision de changer le cours de l’écoulement. Je choisis là que je veux un écoulement de mots pour former une ligne ondoyante, elle germerait sur un voile en prairie de blanches fleurs garnissant le bouquet de l’herbe douce à la vue. Et je sentirais par la même les odeurs pailletées de l’eau en gouttes de rosée, tout cela en fermant les yeux, profitant, profitant encore de cet état semblable aux globules d’air qui s’épanouissent dans la nuit où les agendas et les évènements sont au repos. Mais je sais que cela ne pourra pas tenir longtemps, physiquement tout d’abord parce que la concentration s’étant focalisée sur cette prairie imaginaire, la masse des flèches en fracas continue toujours de palpiter de l’extérieur et de l’intérieur de mon champ de focalisation. Alors à un moment tout s’évanouira pour reprendre le flot des vagues intempestives ; à moins que je ne puisse au moment opportun prendre le contrôle et diriger les mots vers un endroit modelé, choisit. La décision doit être prise rapidement et les choix sont multiples, tellement multiples que l’indécision peut prendre le pouvoir et se dissoudre dans le chaos de flèches qui frappe toujours à la porte. Cela peut durer longtemps, très longtemps et je peux rester assis comme ça perdant le fil d’une pensée claire, transformée en différents voiles de couleurs et formes multiples, avec des accidents dans la formalisation. Il y a un sentiment de ridicule, de honte. J’ai alors l’impression de perdre mon temps et l’injonction de la société pour l’efficacité, la rapidité frappe à la porte de façon insistante. J’ai l’impression de trahir quelque chose, jusqu’à ce que j’en ai marre de ce sentiment qui se referme sur moi, essayant de penser à ce que je me suis autorisé à faire, écrire, tout ce que j’ai gagné sur le néant, écrit ci-dessus, et ci-dessous je pense encore pour un moment. Là je veux avoir la possibilité de crier, mais pourquoi, dans quel but… Crier dans la nuit noire mon amour de ces instants gagnés. Je me dis que c’est fini pour cet écoulement. Je finis là-dessus. Et j’efface cette ligne inutile ou je réécris la fin qui me semble convenir. Crier dans la nuit noire mon amour de ces instants gagnés.



Poème posté le 01/08/20 par Paul Konstantin


 Poète
Paul Konstantin



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