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Poésie libre / L'épée
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L'épée
par Jim


le Roi, au Prince Vois dans le ciel, ami, comme tournent les astres ! J'ai voulu dans leur ronde amener la comète Et j'ai, par ma largesse, amené le désastre. Faut-il, quand il est Roi, que l'homme soit la bête ! C'est vous que j'accueillis, auquel j'ouvrais mes bras, Auquel j'ouvrais mon cœur ! Oui, c'est vous que j'assis Près de moi, à ma droite, où vous êtes ici, A la table où chacun par devoir reste droit ! Où sans frémir, vous écoutez en cet instant Ce que j'ai à vous dire et que moi, mourant, j'attends, Ou mourant, ou vivant, je ne sais, je demeure ; Car trahi, Roi je suis, et je règne à tout heure ! Pourquoi faut-il que tu quittas, par vain désir, Ce ciel qui te fit Prince, appelé à régner ? Un beau soir, par ennui, tu choisis de partir, De quitter ta maison, de t'en aller baigner Dans l'eau douce et neuve où vit la curiosité, Où le futur s'ignore après avoir été. Ton père ne t'aimait, je te prenais pour fils ! Et je crus, par nos liens, que je ne briserais Aucune sphère de cristal, que par ces fils, Je tisserais la toile où la paix poserait. le Prince, au Roi Quand je la rencontrai, sur le bateau de mon destin, J'ignorais, mon Seigneur, qu'elle était destinée A l'union de son père à votre royauté. Elle m'aimât, et je l'aimai, et nous fîmes festin De toutes privautés, que l'amour occasionne, Auxquelles les amants, hors péché, s'abandonnent. Quand je la rencontrai, dans la profonde nuit Où nulle âme jamais, nulle étoile, ne luit, Cette nuit en laquelle s'enlise ma veille, J'ai vu dans son regard, briller tous les soleils! la Reine, au Roi Tandis qu'il me menait à vous, sur ce bateau, Absent, je vis mille brasiers dans ses prunelles ! Et je me pris pour lui de tendres sentiments, La douceur de la sœur, que pour son bel amant, Éprouve celle encor qui n'est qu'une pucelle, Ignorante d'ouvrir aux souffrances cruelles. Croyez bien que j'étais sans savoir les secrets Que mon père avec vous tenait de plus sacrés. le Roi, au Prince Devant tant de beauté, que te reprocherais-je ? N'ai-je moi-même pas cédé à son empire ? Son charme et sa sagesse ont brûlé comme neige, Sur ce trône où je peux le meilleur, ou le pire, Tout l'être que je suis, ont brûlé d'une ardeur Si vive que mon sceptre, en vigueur de son sang, Du brandon renaquit le laurier, et sa fleur. Pour l'ignorer, de cœur il faudrait vivre sans. Je ne puis m'empêcher de t'aimer, toi, mon fils, Mon ami, et ne puis m'empêcher de l'aimer, Elle que, cependant, tout dans mon corps appelle ! Tu me ressembles tant, et ta faute est mon péché ; Dans le miroir du temps, ton nom est mon reflet. la Reine, au Roi J'avoue, dans la forêt, avoir usé de ruse Pour égarer vos pas et joindre mon amant. Mais si d'habileté il ne faut que dame use, Il convient à l'honneur de préserver l'aimant. le Roi, à la Reine Je sais que dans ces bois, votre sens me perdit. Ma fièvre à ma folie mon orgueil suspendit. J'envisageais alors d'envoyer à trépas Aussi bien l'un que l'autre, et vous eûtes raison D'éviter que je fisse un si funeste pas : Mon âme alors errait en grande déraison. à la Reine et au Prince Le conseil profita de mon égarement, Pour m'assourdir d'un incessant bourdonnement. J'ai vu tous mes barons pester, et s’agiter, Tous, menaçants, bien qu'impuissants, de me quitter, Tous confondant agir, avec perdre son temps, De liberté n'ayant que grésil de querelles, Aujourd'hui condamner cette Reine et pourtant, Dans leur for désiraient et trouvaient la plus belle. Ils sont jaloux de qui les possèdent, jaloux De tout cela qu'ils ne possèdent. Chez ces loups, Pour maintenir sa meute, il est bon que le Roi Fasse briller ses crocs, quand la fronde s’accroît. le Prince, au Roi Je vous prie d'accorder, mon Seigneur, le pardon A la Reine, et de prendre à justice deux fois Ma vie. Comment la condamner d'avoir don D'être tout même et la beauté, la vie, la Foi ? Les petits baronnets exigent : « Brûlez-la ! » C'est obéir aux porcs que d'acquiescer cela. Ne vous suffit-il pas, mon Roi, d'avoir planté, Dans la juste fureur d'un cœur désenchanté, Retenant sa colère et bravant son pouvoir, Votre épée dans le cœur de la Terre, à vouloir, De surcroît, transpercer celui de notre Reine ? Roi ! Imaginez-vous que soit plus grande peine ? N'écoutez pas l'aigreur de ces nobles petits, Qui pensent l'être moins, dans l'ombre des plus grands. Leur destin est à l'aune de leurs appétits, Incapables d'entrer ou sortir de leurs rangs. la Reine, au Roi Pardonnez-lui, Seigneur, votre âme est assez vaste Pour ensemble tenir le pêcheur et l'élu. J'avoue avoir manqué à votre dévouement Lorsque, par loyauté, ma faiblesse aurait dû Soutenir votre bras contre les viles castes. Ma faiblesse est la source où s'enforce l'amant. le Roi, à la Reine et au Prince Hommes et Rois nous ne donnons, aux dames gentes, La place qui revient à leur grâce et mérite. Combien ont dit de vous : « la méchante et maudite ! » Ils vous niaient d'être les plus intelligentes ! Noble, ou bien simple fille, adorable sorcière, Etes celle qu'on brûle et disperse en poussière. Mais de sa Reine un Roi ne peut rien reprocher Quand, à son jugement, autant qu'à sa beauté, Sa vie d'homme et de Roi, il a un jour accroché. Et l'épreuve d'amour est l'ultime bonté. Bannis, déchus, nous sommes tous enfants de Roi Devant reconquérir le dôme de leur Droit.



Poème posté le 08/08/20 par Jim


 Poète
Jim



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