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Poésie libre / Le corps écrit
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Le corps écrit
par Reumond


Depuis que la matière résonne à corps et à cris, et semble sonner en creux pour exprimer par là son propre chemin d’intériorité, le corps écrit. Le corps écrit, quand palpite le cœur des choses, et que gargouille, gronde, appelle, crie, ricane avec la hyène, blatère avec le bélier en rut et avec l’homme en colère en rue. Il écrit, racontant à qui veut l’entendre que l’âme de la matière et l’esprit des choses font un même écho dans le corps des choses. De corps à cœur, de bouches à oreilles, de flute en os et jusqu’au bout des doigts dans le corps même des maux, se joue la démo de l’objet qui aspire à devenir sujet, là réside l’enjeu et le rêve secret et profond de la substance qui croît toujours plus en conscience. La matière me raconte son histoire, elle me dit au tournant du feu, au coin de terre, au fil de l’eau et dans les airs : « Je suis la matière, la substance en question, je fais du bruit parce que je rythme sur mesure, je cadence la danse, je pleure ou gémis, je sentimente, je vomis dru, je coule et roucoule, je cascade, je suis tango, je rote sec, je pète de tout bord, j'éternue à tous les vents…, je suis incarnée comme toute réalité, matérialisée et matérialisable, je réalise en faisant du réel, je crée, je suis la vie et la vie ça grouille, ça fait mille petits pets et de grands bruits sourds. » Oui effectivement, chez moi, chez vous, dans tout le cosmos, dans le Monde entier comme dans mon corps, tout est bruissements, ronflements, vibrations, tremblement, bourdonnements ou sifflements d’oreilles. Avant, bien avant d’être porteur de « mots », en la gare des tris, au tournant des cerveaux, aux confins du Logos, au lieu même de la mise bas, de la mise en mots, de la mise en forme, en œuvre et en images, le corps était et reste jusqu’à la moelle de ses propres maux et l’os de sa propre chair, à en croire les nerfs crus : bruits, sensations et perceptions. De mémoire de pierre et de buches en émois, savez-vous que les nébuleuses croassent en tournant sur elle-même, qu’elles se baignent nues dans l’étang du temps, entre les nénuphars des saints lieux. Cette voix immémoriale et lactée, me dit et me psalmodie constamment le chant des étoiles, une à une, elle répète la scène du grand bang : « vous êtes poussière d’étoiles et vous retournerez en étoiles, et vous serez comme des lieux de repos … » Ces poussières qui bruissent au cœur de l’homme, comète à dormir dans un nid d’étoile filante au cratère de l’être, bruissent fort de souvenirs et de rêves, portent l’esprit, comme un météore sans queue ni tête, une colombe née du souffle, là où Ré et El ne font qu’un REEL, au royaume de l’Un. La matière est cris et maux, le corps est cris et maux, épreuves, corps écrit au fil des stigmates, le long des fractures, à même le filigrane des cicatrices découvertes, au long des veines, tatouage d’âge en âge. Le corps écrit, est émaillé de sentis, ressentis et ressentiments, matière vivante, vivante des diverses sensations kinesthésiques et autres qui poussent à croître toujours plus, dérive des continents, expansion de l’univers, mouvement extérieur vers l’intérieur, contemplation à sons exubérants, à couleurs chatoyantes. Dans les entrailles, à fleur de nerfs, de veines, de peau …, la sensibilité et la sentimentalité précèdent les mots, c’est pourquoi la vie est cri, et il est difficile de trouver les mots justes quand on est sous l’emprise du cri. C’est bien pourquoi la poésie est dans le corps et l’âme de l’homme : flatuosités, sons, rythmes et borborygmes, rimes, rites et rires, bien avant d’être mot. Craquètement, lamentation au fil de l’eau, vagissement d’étable, stridulations, brames et râles de mourants, sifflements, gloussements, picotements et chatouilles …, tendresse au cœur du Monde et rudesse des sons de l’être, glapissements et piaillements dans la nuit des étoiles. Le corps est sons, archive des sons, pluralité des sonorités, des harmonies et des dysharmonies, bibliothèque sonore où la matière se dit pour dire la vie à verbe incarné, à sons étalés, verve déployée, exubérance, multiplicité, variété, différence et biodiversité. Tout est sons, bruits corps et âme, cris, ainsi pour entendre l’indicible, bruiter l’infini ou dire le temps, l’homme peut avoir des yeux derrière la tête, du bol pour y faire de la musique, des métaphores dans la bouche, des paraboles à revendre, du chien pour aboyer à la lune, du cran pour gueuler l’injustice. Il peut avoir du sang sur les mains et dans les veines pour palpiter, frissonner, il peut avoir la chair de poule pour crier sa peur, la langue bien pendue pour dire l’amour et la larme à l’œil pour mouiller les déserts de ce monde ; mais pour cueillir l’avenir, il peut aussi avoir la main heureuse, la main sûre de rien, tout comme la main verte de tout. L’esprit au cœur de la matière et la matière au cœur de l’esprit, tout respire, inspire, expire, conspire contre la mort. Les sons grondent dans l’on, dans l’oeuf, igname, monstre de gamme à gamme, oui, ei, ph, en, et qu’ain et qu’euille sans fin, sans fond, sans mot dire pour dire l’impossible et l’imprononçable. Ail, aille, ouille, son après son, jusqu'à ce jour qui ne vient pas et au-delà de la nuit des sens, des sons, des mots …, toute la Création gémit, un, une, oi, ou, ch, eau ... entre mes doigts. Son après son, les univers entiers se nomment, se disent tant et tant que ça crisse, autant que ça coince, messe qui fait mal jusqu’aux racines du commencement, jusqu’aux nœuds du sans fin. Que oui, la matière gémit comme dans les douleurs de l'enfantement, bébé attendant avec patience la délivrance de toute chose et l’espérance de tous les sons : dez, lien, ienne, gu, tion, è, ê ou é …, mais, où, est, donc Icare, avec ses ailes d’ange et sa tête de linotte ? En quête d’Unité, le grand puzzle est fragmenté, tels des tessons du réel, les sons y sont déjà des morceaux de bonté, des copeaux d’humanité et des éclats de beauté, à même d’étranges chœurs et d’impossibles mélodies. Fragmes en couches, clips emboités, SMS pour crier SOS, flashs comme des revenants, slams à secouer le présent …, c’est comme des lambeaux déployés en portion d’espace, ou comme des tags en tranches de temps. C’est comme des tonalités étalées sur le mur des pensées, pure confiture de conscience éthérée, mi-bruit, mi-intuition, pur sel, pur bœuf, perception d’un tout qu’il faudrait rétablir, consonne après voyelle, tel un « je » de patience. Pour résonner de toute sa raison pure, bruire de son intériorité, penser à perte de vue, l’Esprit planait sur les os, totalité composée d'éléments à assembler les uns aux autres, pour reconstituer le véritable dessein des anges, l’Amour majuscule, qui conjuguent et déclinent en silence le silence, ne faisant aucun bruit en volant de leurs ailes propres en chacun de nous. Les sons ça fait paf, ça se prout, ça roule d’échos comme petit pois en pente, ça se dit mot à mot, ça se joue, se chante, se conte aux oreilles des chats, à la bouche des petits, ça vous poursuit jour et nuit, plouf, rien qu’un P et déjà, c’est une goutte d’humanité qui se dit, dans un océan d’humus, à pleine terre boueuse, ça vous courre après, ça vous grimpe à la gorge, parfois même que les sons vous rattrapent, à droite, à gauche et que ça vous poursuit comme une vieille rengaine, une vieille mort honteuse, depuis toujours jusqu’à la fin, ça ne vous quitte plus d’une semelle, ça vous colle à la peau jusqu’à trouver sa juste place, selon la subtile multiplicité des éléments à réconcilier avec l’Unité. Tout se dit et tout peut se dire à l’infinie… parabole dépliante de symboles, interminable poupée russe, comme une saillie en creux, comme chaque partie d’un corps humain qui semble se dire comme une métaphore de l’Univers tout entier, chaque son, en se disant, dit quelque chose de toute la Création.



Poème posté le 06/10/09


 Poète
Reumond



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