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Ce matin
par Fregat


Forte des vieux souvenirs de naguère Où elle était monument populaire, Elle a résisté jusqu’à aujourd’hui, Coulait encore quand tomba la nuit. Troublée par la moderne indifférence, Elle s’obstinait avec abondance Sur son bol de granit, d’un doux concert, A ruisseler même aux creux de l'hiver. Mais tout s’est perdu hélas au village, A son lavoir de tremper les lainages, Aux matins de corvée d’y chercher l’eau, Aux soirs d’y rincer cuillers et couteaux. Depuis longtemps ne sont plus les enfants, Pour la gravir, s’y percher hardiment, Ni galants appuyés à sa margelle Pour guetter sous la lune leurs demoiselles. Il a fallu qu’à ma vitre s’enfuie Dans le noir son dernier vif clapotis Pour que dans un flash-back je la comprenne : Sa retraite lui était dense peine. Au milieu des éclats de voix passés, Des ormes de la place désertée, N’appellera plus jamais sa rengaine : Elle est morte ce matin la fontaine.



Poème posté le 07/11/17


 Poète
Fregat



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