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Poésie libre / Tartempion président !
              
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Poésie libre / Tartempion président !

Tartempion président !
par Ombrefeuille


Ce matin-là de ma fenêtre J'entendis puis je vis paraître Une foule qui avançait, Qui s'époumonait, qui scandait Sans cesse les mêmes paroles Qui me semblèrent des plus folles : Tartempion Président ! La victoire au perdant ! Or, le quidam, un joyeux drille Aussi lettré qu'une chenille, S'était mis dans le ciboulot D'entreprendre un sacré boulot : De conquérir (Tout un poème !) La magistrature suprême ! Tartempion Président ! L'avenir est devant ! Ses engagements ? Son programme ? Les voici donc, ma bonne dame : "Noël en ticheurte au balcon, La piscine pour pas un rond, Pastis, garçon, c'est ma tournée ! Poil au nez ! Vlan ! Et bonne année !" Tartempion Président ! La victoire en trinquant ! Le discours avait de quoi plaire A toute une bavardosphère, Car ce bonhomme inespéré Devenait l'instrument rêvé Pour déboulonner le système. Trop risqué ? "On y va quand-même !" Tartempion Président ! Chiche ! Allez, c'est tentant ! Alors on vit l'heureux prophète De la perpétuelle fête Sur tous les plateaux de télé, Sur Internet électrisé Par sa gueule de tout-le-monde D'une banalité profonde. Tartempion Président, Pas rien qu'en se rasant ! Manifs, débats, "Nuits Réveillées", Happenings, photos monnayées, Et ces apéros "citoyens" Très au-dessus de ses moyens N'effrayèrent pas ce compère Loquace comme une commère. Tartempion Président ! La victoire en jactant ! Cependant que, bombant le torse, Il se la jouait Méga-Force, D'autres manoeuvraient en sous-main Et traçaient leur propre chemin, A grands renforts de flatterie, A grands coups de flagornerie. Tartempion Président ! (C'est un bon paravent) Sachant être parfois serviles, Ces manipulateurs habiles Pressaient le peuple de voter Pour Tartempion sans hésiter, Disant que l'heure était venue D'offrir le pouvoir à la rue. Tartempion Président ! (Trop longtemps qu'on attend) Le jour vint de nous rendre aux urnes … Nous étions quelques taciturnes A craindre le pire chaos Que promettaient tous les échos De la campagne déchaînée Que les Bavards avaient menée. Tartempion … Président ? Et le pays … perdant ? Le soir on fit le long décompte … (Mon Dieu, épargnez-nous la honte !) Le résultat fut sans détour : Même pas au deuxième tour ! Déconfiture majuscule, Avec, en sus, le ridicule ! Tartempion recalé. Oui, je sais, c'est salé. Devant cette défaite amère, Cinglante, nette et sans mystère, Les Déconstructeurs, furibards, Ruèrent fort dans les brancards, Jurant que la Démocratie Avait été flouée, trahie. Tartempion, où es-tu ? Zut ! Il a disparu ! C'était ignoble, inacceptable, Il fallait renverser la table : Faire invalider le scrutin, Appeler dès le lendemain A manifester sans relâche ! (Il y a des trucs qu'on nous cache …) Tartempion Président ! La victoire au perdant ! C'est ainsi que le populaire (N'avait-il donc pas mieux à faire ?) Se mit à battre le pavé, Le verbe haut, le poing levé En faveur du minoritaire Prétendument majoritaire : Tartempion avec nous ! (Ça marche à tous les coups) Est-ce la trouille, la bêtise, Un verre vide ? (Ça dégrise), Eh bien non, ça ne marcha pas, Tartempion ne se montra pas. Lors fusèrent de ces insultes Qui prospèrent dans les tumultes : Tartempion n'est qu'un pion, Un looser, un morpion ! La ville de hargne était pleine, L'atmosphère puait la haine Et s'emplissait d'un grondement Lourd et confus, quand brusquement Siffla l'inévitable injure Très en-dessous de la ceinture : "Tartempion, poil au … - NON ! - Poil … - Suffit ! J'ai dit NON !" La voix qui, dominant la foule, Venait de briser net la houle, Était (Stupeur ! Etonnement !) Celle du Président sortant Dont tous savaient que sa carrière Atteignait son heure dernière. "Pourquoi donc tous ces cris ? Reprenons nos esprits ! Ne cédons pas à la colère Ni à la mode passagère D'élire le premier venu, De préférer un inconnu A ceux qui ont les connaissances, Le métier, bref, les compétences. Tartempion, c'est fini ! D'ailleurs … il est parti. Sachez, mes chers compatriotes, Que des militants, des zélotes De la déroute et du néant N'ont dit 'Tartempion Président' Que pour détourner le suffrage A leur profit, leur avantage. Ouvrez enfin les yeux ! Vous méritez bien mieux Vous choisirez, dans deux semaines Que j'ose espérer plus sereines, Celui qui me succèdera Et qui dès lors assumera La charge la plus solennelle, La plus terrible, la plus belle : Accomplir le destin D'un pays souverain." Après des mois de décadence Et de bruyante effervescence, On se calma, puis on vota : Le candidat qui l'emporta Était réputé droit, solide, Presque froid, car toujours placide. Tartempion, dans tout ça ? Qui était-ce, déjà ?...

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Ils sont moins longs, promis ;)
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Poème posté le 22/05/21 par Ombrefeuille


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Ombrefeuille



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