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Thème du mois / Tous les thèmes / VOLER / La fugue de quinze ans

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La fugue de quinze ans
par Francois


Depuis longtemps déjà ; huit jours, peut-être trois, Je m’étais échappé. Vrai, c’était important ; Et la jeune adorée m’attendait à Rouen. J’avais laissé sur les rails mon cœur et ma croix.  Quinze ans ! Le désir fou d’aller voir le pays A la belle saison ! Sauter par les fenêtres Et filer dans la nuit sous le souffle des hêtres. Il fait chaud. Et mes pas semblent des gribouillis  Tracés dans la rosée d’un matin lumineux. La nuit meurt à mon front de ses gouttes fluettes Et j’avance, imprécis ; Sans savoir où se jettent Mes pas inconscients et mon corps amoureux.  Je n’ai rien dit, juré ! Juste un mot dans mon lit, Très approximatif et qui ne disait rien. J’avais aussi laissé mon téléphone aux mains De quelque enfant malade, et qui m’avait souri.  Jamais je n’avais marché sur les pavés roses Et tout m’était nouveau.  Un jeune vin du sud Me coulait au visage ; Comme les préludes. J’étais de mes journées le génie virtuose.  J’ai menti de mes dix doigts ; mangé du pain dur Et de l’herbe morte. J’ai rendu incertains Les costumes violets et les bleus égyptiens. J’ai senti tous les vents traverser ma coiffure.  Gamin insatiable, je suivais les routes, Des grands sillons tracés dans une terre forte ; France, j’étais chez toi ! J’ouvrais toutes les portes ! Et semais sous le soleil mes mots et mes doutes.   Il me semblait que j’étais nu toutes les nuits ; Quand sous des étoiles bienveillantes, sous La voûte fantastique qui me voyait soûl Et stoïque je ne connaissais pas l’ennui ! J'arrivais à Paris. Seul dans mes poches creuses Il y avait du bruit et des gens qui passaient Sous les voûtes laiteuses d'un ciel dévasté ; Moi, je voulais marcher sur la ville amoureuse. Et j'avais tout le temps. Libre comme un grand vent J'allais où je voulais ; Je me laissais tenter Par la vie de toujours et les frivolités Que l'on sentaient flotter dans de sombres courants. Muse ; grands animaux ; et les poids sur les nuques Qui étaient courbées vers le ciment colporteur De parfums et de sons qui me laissaient rêveur Devant ceux-là, pressés, qui étaient des eunuques. Et bientôt je fuyais, encore et à nouveau Vers les soleils du nord qui m'attendaient là-bas Sous les tropiques froides. Je n'entendais pas Dans mes rimes maladives le renouveau.    



Poème posté le 15/06/18



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