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Poésie libre / La bête des Lumières
              
Poésie libre / La bête des Lumières
         
Poésie libre / La bête des Lumières

La bête des Lumières
par Ombrefeuille


Les forêts ne sont plus qu'un antre de ténèbres D'où peut soudain surgir le monstre fulgurant Qui, se jetant sur vous, vous brise les vertèbres Et vous dévore là, repu de votre sang. Hélas, cruel destin, ô sort abominable : De solides gaillards, des femmes, des enfants Ont déjà succombé. De la bête implacable Redoutez, bonnes gens, les griffes et les dents ! On croirait que l'enfer vomit dans la campagne Sa hargne la plus sombre et l'armée des démons Et que Satan lui-même a conquis la montagne, Les champs et les chemins et les ravins profonds. On murmure, on prétend, puis on proclame en chaire Que cette plaie serait le juste châtiment Que nous infligerait la Divine Colère Afin de nous punir de notre égarement. N'y a-t-il pas céans quelque sorcière à prendre, À mettre au pilori, à livrer au bûcher ? N'y a-t-il pas, vraiment, quelque ribaude à pendre Aux arbres d'alentour, aux pierres du clocher ? Voici que de l'affaire on s'émeut à Versailles Et que le Roi, piqué, dépêche en Gévaudan Son meilleur louvetier. Gageons que des ripailles Célèbreront bientôt un heureux dénouement. Longues heures d'affût, harassantes battues Sont alors imposées à tous les villageois. Mais malgré ce qu'il faut d'embuscades tendues, L'ennemi se dérobe, invisible et sournois. Un beau jour, cependant, se répand la nouvelle : L'émissaire du Roi vient de tuer un loup, Un animal splendide, et de taille fort belle, Qui est tombé, fauché par le tout premier coup. À la Cour on festoie, car grande est la victoire Du sage souverain, du monarque éclairé Qui règne avec puissance et jouit pour sa gloire D'une droite raison et d'un esprit bien né. Le Gévaudan retourne à la vie pastorale, Délivré de la froide étreinte de la peur. La rosée matinale et l'ombre vespérale Sont revêtues d'azur, de grâce et de candeur. Lors, un cri déchiré, un long cri d'épouvante À vous glacer les os, pétrifie le pays : Le monstre n'est pas mort, il frappe, il rôde, il hante À nouveau les prairies, les bois et les taillis … - Épilogue - Il faut, car c'en est trop, que trépasse la Bête : C'est au bout du fusil du nommé Jean Chastel Que sa course démente et féroce s'arrête. - Ainsi c'en est fini de ce péril mortel !

Ce poème s'inspire de trois années terribles comprises entre juin 1764 et juin 1767 en Gévaudan, un territoire qui s'étend sur la Lozère, le Rouergue, le sud du Vivarais et le sud du Velay, quand une "Bête", un animal qu'on eut grand-peine à identifier puis à éliminer, terrorisa la région au fil de ses attaques qui firent, selon les estimations, entre quatre-vingt-quatre et cent-vingt-quatre victimes humaines.

Le pays se crut hors de danger quand on abattit un premier loup. Mais, les attaques ayant repris de plus belle, il fallut que Jean Chastel, un cultivateur des environs, en tuât un second, d'une taille plus qu'exceptionnelle, une sorte de géant animal, pour que la terreur prît réellement fin.

Les articles Wikipedia "La Bête du Gévaudan" et "Jean Chastel" retracent les faits avec le plus d'exactitude possible.



Poème posté le 02/11/21 par Ombrefeuille


 Poète
Ombrefeuille



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