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Jazz piano bar
par Ombrefeuille


La salle est pleine à craquer, Tout est saturé De fumées, de voix, de verres, D'heures éphémères Où la pénombre s'endort Et où fait le mort La bar luisant, immobile, Enorme et futile. Sur le clavier j'ai posé, Sans même y penser, Mes mains souples et mouvantes, Rapides et lentes. Alors un jazz effleuré Se met à flotter, Longs accords insaisissables, Au-dessus des tables. Puis j'ai senti que tout près, Dans cet air épais, Une fille fatiguée Et désabusée Est venue s'accouder là, Complice déjà … Son parfum remplit l'espace, Caresse tenace. Elle me dit : "Mec, tu vois, Juste sous tes doigts, Une armée de touches blanches Ondule des hanches. Les noires serrent les rangs Et aussi les dents, Plus petites, moins nombreuses Et plus douloureuses …" Une seconde a suffi, C'est déjà fini : La fille s'est éloignée, Blasée, résignée, Au bras de son mac, vieux beau Avec un chapeau, Qui marche en bombant le torse, Content de sa force. Je n'ai jamais oublie Son regard mouillé, Sa silhouette lointaine Et son teint d'ébène, Ni ce type bedonnant, Riche et arrogant, Lui dont le costume ivoire Hante ma mémoire …

Une gamme au piano : sept touches blanches et cinq noires.
D'où la construction de ce texte sur une alternance d'heptasyllabes et de pentasyllabes.

Il m'a fallu me glisser dans la peau d'un homme …
Une gageure à la mesure de ce thème "Différence" !


Poème posté le 24/11/18 par Ombrefeuille


 Poète
Ombrefeuille



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