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La veuve
par Ann


Il n’y a pas un an qu’il quittât la vie consumée comme se brûle les ailes, un papillon de nuit, à la lumière d’une bougie. Lueur d’une mèche de cheveux blancs au puits originel, fouissant semences à la hampe tendue comme un pilier Djed au zénith. Le jeu des amants affamés de tendresse embrasait leur chevelure à la faveur d’une fontaine de Jouvence inondant simples désirs comme ceux de ces vieillards amoureux Philémon et Baucis, le chêne et le tilleul mêlant leurs feuillages dans l’immortalité. De ces deux-là, vibrait l’attrait sous les parures de lin chiffonnées, pétales tourmentés de lutinages, orchidée offerte au calice ardent d’un arum, trinquant de cyprine et de sueur à la gloire de la vigueur retrouvée, entre leurs lèvres, le goût de l’autre, étincelle d’éternité. Un pleur sur son alliance, la cavale épuisée, les doigts amollis sur son deuil de dentelles noires jonchant le sol, laisse à son galant, battre la mesure de leur jouissance. Bénie par une rosée d’instinct et d’amour, le phénix jaillit en une infinie renaissance. Le destin voyage en un rouleau de printemps sur l’onde paisible d’un ruisseau qui ronronne. Le défunt ne souffre plus d’être mort. Son épousée l’avait aimé, elle aime encore et lui et celui-ci. Le fantôme se dilue alors en infimes présences blotties dans le cœur de la dame vibrant dans les bras d’un nouvel hidalgo. Sa bienveillance portant le témoin dans la main de cet étrange familier. Le mari veille, le manège reprend sa course, la vie est sauve. Quand il eut remonté le drap sur le corps nu de sa femme enroulée à celui de cet homme, feu l’époux s’effaça dans l’aube rosissant comme une jeune mariée.

J'hésite si ce texte entre dans la rubrique tendresse tendresse d'amants, tendresse maritale.

Poème posté le 08/06/19 par Ann


 Poète
Ann



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