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Ça mord ?
par Lo


* Ce dimanche à la pêche des poissons-poèmes, Je m’assis sur la berge d’une feuille-étang, Moulais du chènevis que je mêlais au sang D’un poulet -pas de vin- les gardons sont abstèmes. Ce dimanche comme esche, habillais l’hameçon D’un vers blanc, c’est ainsi, doutant, que je boette : Carassin, Moby-Dick, distique ? Le poète Adore l’inconnu de sa page-avançon, Affairé à ferrer, quand bientôt la brunante Oblige le regard à devenir perçant, Quand les oiseaux de nuit invitent de leur chant L’égaré dans le temps, sur une danse lente, A lever la bourriche, à fermer son carnet, A sourire à la tanche, à l’omble, au poissonnet. * Amorce A dix onces d’arachide grasse Levée aux pieds des monts du Pérou, Mêlez le miel et juste une trace De fenugrec, de trois noix le brou ; Nulle lésine sur la mélasse -le coprah souffle au gardon le vif Etat de faim- le banc se déplace Et pile net : un scintillant skiff ! Saupoudrez la farine d’œillettes : Le pavot berce, ajoute à l’anis Un anti-stress en strass et paillettes, La tanche en transe en a le tournis. Last but not least, de la vie en rouge : Trois litres purs d’un grouillant fouillis De vers de vase, qui luit qui bouge, Appât de rêve aux reflets rubis * La Nonette De la Launette et de l’Aunette, la Nonette Aime à chanter pour le plaisir des Godviciens Les doux airs de l’eau dont les refrains magiciens Envoûtent, bercent le vieillard ou la jeunette. Auprès du moulin, l’on y voit les musiciens -Le courant, les chevesnes et la cressonnette- La martre qui guette depuis sa maisonnette Les sauts des mésanges, les bonds des batraciens. Je glisse l’esche et suis sa trace à la surface - Sœur Sauterelle, que ton excitation fasse Gonfler l’envie et la fringale du poisson ! Mon âme est aussi vile que l’âme féline, A taquiner la truite sans d’autre raison Que sentir l’arc-en-ciel se débattre à ma ligne. * A la sonnette Quand au printemps, le jour s’étend, si lent, Long s’éteint-il et mon impatience Se lit, s’entend sur le grommellement, Nature, ris ! Toi ma seule audience. Le flot s’endort au son si lancinant De l’au-revoir, aviaire alliance, Au jour, en chœur, sifflant, geignant, volant, Ce fou concert à la nuit se fiance. Dans ce bras mort, au faux-air somnolent, S’agite enfin la faune halieutique, Ainsi je lance, appliqué, méthodique L’amas de vers, gras et sanguinolent : L’amorce glisse et le piège hypnotique Coince l’anguille en un soir violent. * Mystère Ne s’émousse l’excitation : L’âge pousse mais ne m’empêche De plonger dans l’exaltation, Quand se profile un jour de pêche. Minot déjà, me réjouissait Cet espoir qui m’envahissait Face au lac ou sur la rivière, Sur la berge ou dans un esquif -Comme l’effet du meilleur kif- De m’abandonner au mystère. La veille et les incantations -Ô que cette lune gibbeuse, Le vent d’ouest et ses vibrations Excitent la truite gobeuse !- Donnaient un sommeil agité Quand dans mon rêve au défilé De ces plus improbables prises : Cète, isonade ou Moby dick Roi d’océan, reine du creek, Dansaient d’halieutiques surprises. Dans les ruisseaux de Trémelin, Près des eaux du Fier en Savoie, Je me glissais tel un félin Prenant garde que ne me voie La méfiante sœur arc-en-ciel A qui, mon ver artificiel, J’offrais en guise de croustille. Happera-t-elle ou s’enfuira ? Sot que je fus, me trahit Râ, Sombre pêcheur de pacotille. Ce qui décline l’âge aidant C’est la quantité du trophée ; Je reste accroché cependant Aujourd’hui, quand me prend Morphée, Je vois l’omble ou le carassin Face à l’hameçon assassin Rire à rouges ouïes déployées. Du vieux brochet à l’alevin -J’amorce et je boëtte en vain- Peu leur chaut mes mouches noyées. * Muzain pour la tanche En mai quand meurt la tanche au bar des bleus lotus La gardèche alevine et sans péridurale Entonne une douceur, un flux poussif, un râle, D’aqueux sons distordus ne pouvant être tus Invétéré pêcheur, je suis en dissonance : J’ai ouï les pleurs du sandre au cœur de douces nuits Péchant pour le plaisir, négligeant la souffrance Des carnassiers, mon esse a provoqué la stance D’halieutiques douleurs qui trompaient mes ennuis *



Poème posté le 01/09/19 par Lo


 Poète
Lo



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