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Vampire !
par Gonzague


Moi, le vampire J’ai choisi de mourir et renaître en vampire Fuir le jour et embrasser les mortels soupirs De la nuit, ne plus sentir la chaleur du corps Les émois du cœur, pour un avenir si gore. En un baiser mortel, tout en perdant mon âme Je survis par le sang, surtout celui des femmes Don Juan des enfers, les crocs si acérés Je les sens palpiter, leur regard sidéré. Et quand survient le noir, il est temps de partir De retourner dans mon cercueil, obscurs martyrs Que mes victimes, je prends leur vie, sans vergogne Pour oublier, la puanteur de ma charogne. Moi qui suis damné ! D’être immortel et vampire ! Que m’importe la mort, les ravages du temps Car je ne peux point mourir, juste m’assoupir Je me vomis, de jouir d’un corps de mutant. Revoir poindre le jour d’un soleil éclatant Ressentir à nouveau les émois de mon cœur Je ne puis accéder à ces plaisirs si plaisants Condamné au sort, de souffrir d’un crève-cœur ! J’ai voulu l’éternité, j’ai eu solitude Et l’enfer ! Dans ce caveau, pensant à ma vie Je n’avais que soupirs, tout était lassitude J’ai vendu mon âme à Satan, je suis maudit ! Je pleure l’amour immortel, des larmes de sang Coulent le long de mes joues blanches et blafardes Car moi vampire ! J’ai perdu l’aimée, impuissant Quel cruel sort, j’en veux à mort à la camarde ! Je me rappelle des folles nuits, d’aventure Quand nous allâmes à deux, les crocs aiguisés Mordre la chair savoureuse des créatures Plonger dans le cou des humains épuisés. Déguster ces succulents repas, ressentir Palpiter la vie qui part en quelques instants Tenir dans les bras, ces pauvres poupées de cire Hélas ! Ma compagne est partie vers le néant ! Minuit, je sors de ma torpeur crépusculaire Je détends la mâchoire et muscles maxillaires Un goût âpre dans la bouche, les incisives Veulent sortir soudain de leur langueur oisive. Etre vampire n'a pas de côté romantique L'immortalité a cet aspect pathétique La Mort embrasse la vie, de ses longs baisers Fatals, elle n'a jamais l'esprit apaisé. Chasse à l'humain, perpétuel rituel Le travail artisanal, surtout manuel J'aime planter les crocs aiguisés dans le cou De mes proies qui meurent d'effroi à tous les coups. Aucun sentiment, ce ne sont que des poupées Que le garde manger et j'en fais mon souper De succulents repas, parfois assaisonnés De sang coagulé, jamais empoisonné ! Le forfait accompli, repu de l’élixir La nuit m’appartient, c’est tout mon univers Le royaume des ombres, aux visages de cire Les corps exsangues ne sont que des faits-divers. J’ai beau être un revenant, une créature Aux mœurs si douteuses mais j’ai aussi un cœur Même si cela n’est pas dans ma vraie nature Aimer ! Pour les femmes, je n’ai point de rancœur. Avant les lueurs crépusculaires d'un lever matutinal Je me retire dans la sombre crypte du château délabré Evitant les rais destructeurs d'un soleil éclatant Dormir le jour, tel est le sort funeste du rejeté de Dieu La malédiction éternelle d'un Mort-vivant à l'âme damnée Mon cœur est sec comme la pierre Et mon esprit est terne comme la cendre J'ai renié la foi pour acquérir l'immortalité Car je ne pouvais pas supporter La putréfaction programmée du corps J'ai signé de mon sang, les termes du marché Sur un parchemin en vélin, abandonné mon âme au malin Afin d'éviter la fin décadente des mortels humains Le temps n'avait plus d'emprise, plus de poids Sur mon existence de vampire, j'étais un anachronisme Une anomalie sur la Terre Je n'avais qu'un seul but, me nourrir du sang capiteux Et enivrant de ces pauvres victimes, plantant mes crocs acérés Dans le cou palpitant des femmes qui se donnaient à moi J'aimais ces veines rouges qui attendaient Le baiser mortel de ma bouche avide Mais que vaut cet état si je n'ai plus de joies simples et heureuses Celles que j'ai vécues quand j'étais un homme que l'on dit normal ! Je suis un monstre ! N'enviez pas mon sort ! N'ayez pas peur de la Mort, elle n'est qu'un passage Pour moi, l'immortalité est pire que ma propre Mort ! Et je m’endors dans mon cercueil avant le lever de l’astre de feu Pensant dans mes cauchemars à tous mes aïeux !



Poème posté le 07/04/21 par Gonzague


 Poète
Gonzague



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