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Poésie d'hier / Extraits de "Les villes tentaculaires"
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Extraits de "Les villes tentaculaires"
par Emile VERHAEREN


Le rêve ancien est mort et le nouveau se forge. Il est fumant dans la pensée et la sueur Des bras fiers de travail, des fronts fiers de lueurs, Et la ville l'entend monter du fond des gorges De ceux qui le portent en eux Et le veulent crier et sangloter aux cieux (...) Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres Et se mirant dans l'eau de poix et de salpêtre D'un canal droit marquant sa barre à l'infini, Face à face, le long des quais d'ombre et de nuit, Par à travers les faubourgs lourds Et la misère en pleurs de ses faubourgs, Ronflent terriblement usines et fabriques. Rectangles de granit et monuments de briques, Et longs murs noirs durant des lieues, Immensément par les banlieues ; Et sur les toits, dans les brouillard, aiguillonnées De fers et de paratonnerres, Les cheminées. Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques, Par la banlieue, à l'infini, Ronflent le jour, la nuit, Les usines et les fabriques, Oh les quartiers rouillés de pluie et leurs grand'rues ! Et les femmes et leurs guenilles apparues Et les squares, où s'ouvre, en des caries De plâtras blancs et de scories, Une flore pâle et pourrie. (;;;) Au soir tombant, lorsque déjà l'essor De la vie agitée et rapace s'affaisse, Sous un ciel bas et mou et gonflé d'ombre épaisse, Le quartier fauve et noir dresse son vieux décor De chair, de sang de vice et d'or. (...) Le port est proche, à gauche au bout des rues, L'emmêlement des mâts et des vergues obstrue Un pan de ciel énorme ; A droite, un tas grouillant de ruelles difformes Choit de la ville - et les foules obscures S'y dépêchent vers leurs destins de pourriture C'est l'étal flasque et monstrueux de la luxure Dressé depuis toujours sur les frontières De la cité et de la mer (...) Sur la Ville dont les désirs flamboient, Règnent, sans qu'on les voie, Mais évidentes les idées. (...) C'est vous, vous les villes, Debout De loin en loin, là-bas, de l'un à l'autre bout Des plaines et des domaines, Qui concentrez en vous assez d'humanité, Assez de force rouge et de neuve clarté, Pour enflammer de fièvre et de rages fécondes Les cervelles patientes ou violentes De ceux qui découvrent la règle et résument en eux Le monde. L'esprit de la campagne était l'esprit de Dieu ; Il eut la peur de la recherche et des révoltes, Il chut ; et le voici qui meurt sous les essieux Et sous les chars en feu des nouvelles récoltes. (...) L'esprit de l'homme avance et le soleil couchant N'est plus l'hostie en or divin qui fertilise. Renaîtront-ils, les champs, un jour, exorcisés De leurs erreurs, de leurs affres, de leur folie ; (....° En des heures de sursaut libre et de réveil, un monde enfin sauvé de l'emprise des villes ? (...) Purgés des dieux et affranchis de leurs présages, Où s'en viendront rêver à l'aube et au midi, Avant de s'endormir, dans les soirs clairs, les sages ? (...) En attendant la vie ample se satisfait D'être une joie humaine, effrénée et féconde...

Les villes tentaculaires.
1895.


Poème posté le 30/08/15 par Rickways


 Poète
Emile VERHAEREN



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