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Demain, il fait toujours beau. Au nord.
par Ann


L’étoile du nord abandonne le trimardeur échoué dans le crépuscule arctique. Le septentrion du bout du monde atteint, la couleur n’existe pas, les odeurs enfuies. Le mouvement emprisonné dans le givre, l’aquilon soulève une poussière de neige. La bise polaire cingle le silence engourdi, de ses griffes d’ourse acérées. Il n’y a pas d’horizon, invitation au dernier voyage. Le temps anéanti, les nuages diaphanes enserrent les glaces salies de tourbes retournées par les sabots d’élans affamés du moindre lichen. Le tombeau céleste, la banquise et la désolation d’icebergs. Et puis au centre du tableau, une arche effondrée de bois de rennes et d’os de baleines enchevêtrés, affleure de cette terre où rien ne pousse plus que la disette. Njörd avait osé une sortie. C’est un bon pêcheur. Ce n’est pas l’époque de la morue et du hareng. Elle est loin la saison des baies plaquebières, canneberges, camarines, palette de nuances : souffre, sang, tourbe. Ça ne nourrit pas, guère moins que le lapin lapon, pauvre viande comme l’écorce sans sève. Njörd regarde les peaux éventrées de sa venaison de phoque et d’oiseaux pourrissants dans leurs plumes et leurs entrailles. Promesses de délices. Les provisions de lait fermenté et de graisse moisie répandues sur le permafrost. Rien à cueillir, rien à chasser que l’ours brun, opportuniste charognard et le puant carcajou repu de son saccage. - Il n’y a rien à grapiller sur la contrée, fit Njörd à l’ombre qui s’avançait. « Depuis des jours, nous mâchons la tourbe au lieu qu’elle ne nous réchauffe. Qui es-tu ? » – Jöl ! – Que veux-tu ? L’étranger ne répondit pas. Njörd hurla : Gulo Gulo, le carcajou ! Arrive que j’empale ta carcasse et ta fourrure battant au vent du nord en place de ton forfaix. Aveuglé de colère, Njörd ne vit pas les yeux blancs de Jöl s’iriser de feu. Le vagabond ouvrit sa fourrure. Une vague chaleur se dispersa. Le mendiant fondit laissant une large flaque. Dans le miroir d’eau apparurent une chèvre et un lourd sanglier. – Traie-moi, fit la chèvre, « et mon pis te fournira le lait en abondance jusqu’à l’éclatement des jeunes pousses de bouleau. » – Mange ma chair, fit le sanglier, « et je renaitrai des reliefs de ton repas. » Ainsi les aurores colorièrent le cœur des hommes du Nord. Au nord, on trime dur et les hivers sont longs. Une main tendue à l’égaré. Et dans leurs yeux, un sourire à chaque jour offert.



Poème posté le 01/12/23 par Ann


 Poète
Ann



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