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Hêtre ou ne pas être...
par Maldoror


Là où d’autres croient assister au spectacle et aux miracles de la nature je ne vois, en vérité, qu’un cruel théâtre de l’existence. L’insouciance règne et ces silhouettes rieuses et fugaces qui gravent, au loin, leurs syntagmes au scalpel sur ce qu’elles pensent être une matière inerte, ne se doutent pas que les feuilles sous lesquelles elles se cachent portent en leur sein le limbe qui se fera bientôt pluriel, universel. Le fol limbe foliaire annonciateur des LIMBES véritables, authentiques, sépulcre du système limbique… Acte poétique ou peau éthique ? Ne me parlez pas des métamorphoses de ces vieilles nymphes au bois décrépi, j’y reviendrai… Je veux parler ici de la chair même piquée à vif, comme celle qui recouvre les membres des pensionnaires de la sombre forêt des suppliciés. Et ces supplices, voyez-vous, ne résident pas seulement dans un cercle Lointain Souterrain Infernal Oublié… Ils errent partout, comme des ombres disséminées par le pollen de la psyché. N’y voyez pas une simple ballade de pendus étrangère à vos yeux : nous sommes tous des suicidés alimentés par la putréfaction des sèves de notre passé, de nos « Moi » antérieurs et successifs corrodés par les jours, les mois, les ans… Monarques vaniteux ou mendiants miséreux qu’importe, tant qu’ils continuent à s’enraciner avec acharnement pour nourrir, comme les bons engrais qu’ils sont, l’insatiable appétit des harpies qui peuplent les cimetières de nos esprits. C’est en cela que l’Homme s’apparente le plus au végétal -quand il n’est pas végétatif- : sa pensée est comme une arborescente constellation d’idées qui fusent, se diffusent et se récusent, confuses, dans une cacophonique symphonie d’analogies. Enlacées par les entrelacs des chocs, des estocs et des électrochocs, les voilà qui tombent en un instant, comme de verts fruits dévorés par les vers. Elles n’ont guère eu le temps de mûrir, de se structurer… Et Daphné qui pensait pouvoir échapper aux instincts primaires de la condition humaine par un simple changement de forme, quelle ironie ! Ce n’est pas la superficie, l’épiderme que ces amants entaillent avec sottise qui révèlera l’arbre véritable, cette face cachée d’un Janus à demi voilé, mais bel et bien la prolifération épidémique de ces bourgeons d’idées gisants au sol, tels des lambeaux ou des pavillons déchirés, fragments avortés de la vacuité de l’être, hémorragie psychique d’une rose interdite qui jamais ne germera… Serait-ce là le mystère de la fleur inverse ? Seul subsiste la sensation vertigineuse de ces ramifications incessantes qui transforme la cime à atteindre en long supplice de Tantale…



Poème posté le 09/04/24 par Maldoror


 Poète
Maldoror



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