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Poésie libre / Oraison (fragment)
           
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Oraison (fragment)
par Reumond

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par Reumond


Oraison (n. f.) -Traité de Grammaire. Assemblage de mots qui forment un sens complet et qui sont construits suivant les règles grammaticales. Les parties d'oraison ou de l'oraison sont les différentes espèces de mots. Il est vieux. -Il se disait autrefois d'un Ouvrage d'éloquence composé pour être prononcé en public. L'exorde est une des parties de l'oraison. Il n'est plus usité aujourd'hui qu'en parlant de certains discours prononcés à la louange des morts, particulièrement dans la chaire sacrée et qu'on nomme Oraisons funèbres. Les oraisons funèbres de Bossuet. -Il se dit encore d'une Prière adressée à Dieu ou aux saints. Oraison mentale, jaculatoire. Une des prières de la messe se nomme oraison. L'oraison dominicale. L'antienne et l'oraison de la Vierge, de tel saint. Être en oraison. Se mettre en oraison. Livre d'oraison. Dans ces trois derniers cas, on dit plutôt aujourd'hui Prière. -Il se dit enfin, en Langage mystique, des Communications de l'âme avec Dieu, sans entremise d'une formule de prières. Les états d'oraison. Faire oraison. Synonymes de "oraison" : éloge, allocution, discours, harangue, adresse, laïus…, (Définition du Dictionnaire de L'Académie française) Orémus… On aurait peut-être pu, qui sait, y prononcer, la larme à l’œil, mon « Oraison funèbre », car l'occasion était grave, et mes obsèques "imminentes" ; mais les événements en ont décidé tout autrement ! Après avoir tutoyé la vie quelques années, et vouvoyer la mort durant un instant, en cette expérience intime et toute subjective des lieux interdits aux vivants, je suis revenu à vous, pour vous écrire; l’appel était puissant, et les champs d’ailleurs ne voulaient pas me garder, la place s’y fait peut-être rare, ou onéreuse ? Qui sait ? En tout cas, ils sont inabordables les abords du grand large ! La "cause", ici encore, m'a fait grâce, et la grâce m’a fait don d’une profusion d’images dès que je ferme les yeux. Depuis ce jour, les métaphores sont pour moi comme des papillons ou des phosphènes de vers fluorescents. Chamanisme ou voyance ? Plus besoin de croire, je vois ! Il ne me reste plus qu'à bien entendre ! C'est un présent bien particulier que ces films qui me passent par la tête ! Avec ce bruit de fond, en plus des images, fatigantes acouphènes qu’il me reste à régler pour entendre l'inaudible ! Alors, j’avale ma salive et je regarde en attendant ! (…) Ce jour-là, en souvenir de ma noyade, on aurait peut-être parlé de moi au passé, comme si je n’existais plus, ou comme si je n’avais jamais existé, ou si peu été en quelque sorte; mais avec des si, si brutaux, on enfonce Paris en piscine ! L’heure était à autre chose, le temps était beau, les enfants s’éclaboussaient gaiement dans le bassin en plein air; le soleil comme une caresse de miel léchait les oliviers, se coulant dans l’ombre avec les idées noires ; les cigales chantaient…, tout l’été semblait pourvu de beaux projets sous ce grand dôme serein, qui n’avait semble-t-il que du bleu dans la tête. Pas le moindre panégyrique à l’horizon, dans la corbeille à papier des vacances. Où est cette frontière interdite à tout retour ? Mort où sont tes seuils et tes seules limites ? Ton souffle froid, liminal frisson qui ride les eaux grises des bassins. "Ô raison" raisonnable de partir un jour, où donc te marges-tu ? Dans mes souvenirs, tu traces tes sillons, entre quelques privations, des douches froides, les claques saignantes comme des tranches de rosbif et de bifteck bien rouge, tu es la vie ! Dans l’envahissement des grands, les absences, les abus confondus pour l’enfant de douze ans que j’étais, que je suis… tu es l'avenir ! Hier, demain, c’est du pareil au sang ! Ces nauséabondes odeurs de viandes à demi crues qui me suivent encore aujourd’hui, dès que l’on cuisine ! Les images me collent dans la rue, les souvenirs m’accompagnent…, comme des ombres dans l'ombre ..., On me dit « nostalgique » ! (...) Qui l’eut cru ! Pour m’aérer, pour la soi-disant cause « sanitaire », toute pleine de sollicitudes barbares ! Je l’ai vu de mes propres vœux ce lieu du « Grand Passage ». Oui, l’enfer des colonies de vacances est vraiment pavé de bonnes intentions ! Alors que parmi les responsables, certaines mères apeurées pleuraient à grands cris, leurs enfants partis comme militaires en Algérie ; plus sensibles que d’autres, certains enfants dont j’étais, pleuraient chaque nuit d’être séparés de leurs parents, rêvant d’évasion pour retrouver le nid, la fratrie, les amis et leurs us et coutumes d’enfant. Cet « Accident », en parler, pour moi est une nécessité ! Une sorte de « respiration », d’expiration indispensable, comme pour compenser un manque d’air et ces quelques minutes de coma, ce vase communiquant entre vie et trépas. Depuis ce jour, je mange l’eau comme d'autres sont priés de boire leur soupe ! Et je me désaltère d’images et de mots pour les dire..., Mais retournons en arrière…, « C’est un des droits du narrateur, et replaçons-nous en l’année 1815 » écrivait Victor Hugo, en parlant de Waterloo. Oui, c’est bien un privilège de narrateur, mais, comme la lune se fait un devoir de marée, c’est surtout pour moi un devoir de narré. Retournons donc, en suivant le trajet du stylo-plume, en cette année 1952, ma douzième. Nous étions à quelques kilomètres de la Durance, dans un petit village nommé Oraison, Oraison, ça ne peut s’inventer ! Pour orienter votre boussole, la commune d’Oraison se situe dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. C’est en ce lieu idyllique, que la Croix-Rouge Française, dans ces années 50, envoyait s’aérer des enfants qui avaient des difficultés respiratoires ou quelque problème de santé. Les enfants au visage pâle, en manque d’air pur, pouvaient aller y expirer l’air de la ville pour s'y laisser remplir de zéphyr, comme les bateaux à voiles sur la Durance, et souffler quelque peu, oubliant l’asthme et les angines, en ces lieux baptisés pompeusement préventorium, aérium, centre aéré ou même colonies de vacances. Après tant d’années, les Oraisonnais, habitants de ce petit village de la région Provence Alpes Côte d'Azur, ne savent toujours pas, que mes oreilles, cinquante ans plus tard en raisonnent encore, et que du fond de mes acouphènes il y a comme une forte résonnance d’Oraison. Et ce n’est pas tout ! Les Oraisonnais ignorent aussi, que depuis cet été 58 et l’accident de noyade, les images me harcellent dès que j’ai les yeux fermés, comme celles qui hantent le shaman en transe, le charismatique en prière, le voyant, le poète, le prophète ou le fou. Ils ne savent toujours pas, qu’entre le laboratoire et l’oratoire, Oraison tiendrait tellement de place dans ma vie, que ma vie serait toute oraison, tous horizons confondus. Ce ne sont pas les 645 mètres d’altitude de ce lieu de vacances qui en font pour moi un « Haut Lieu » personnel, intime, ultime …, une sorte de montagne des béatitudes, mais c'est cette expérience "limite" à la limite des choses de ce monde, qui aujourd'hui encore me poursuit de ses ailes. À proximité d’Oraison, il y a les villages de « La Brillance » et de « Voix », qui après tant d’années ne viendront pas me démentir, eux qui, à quelques sauts d’ange de là, portent des noms si bien prédestinés aux expériences numineuses si chères à mon maître Jung. (...) Je n’ai pas vu de tunnel, mais des couloirs, des corridors, des paliers et des portes, sur des étages, comme des étapes (…) Je n’ai pas vu de « lumière brillante », mais un épouvantable éclat, derrière une porte entrouverte sur un champ de bataille, où le vieil homme décampait vers je ne sais quel exil. En dehors d’un grand « soulagement », je n’ai pas éprouvé une sensation de paix ou de bien-être, mais un sentiment de libération ! Mes douze ans écoulés, coulés..., ne suffisant probablement pas, au compteur des âges, je n’ai pas vu défiler ma vie, à toute vitesse comme au cinéma, en cette piscine de béton; mais, j’ai vue mille vies qui n’étaient pas la mienne, en un souffle défait, au passé et à l’avenir, au cœur du cristal d’une eau bien agitée, comme un mistral passant en mille rêves récurrents. Cette « expérience de mort imminente » a été pour moi, une surprenante ascension dans l’empyrée de Dante et de Jérome Bosch, mais avec quelque chose d'autre ! (…) Avec cette conscience que cette grande «Sphère Céleste Supérieure », ce ciel était tout en moi, et moi tout en lui, et tout en tout, autour de moi et entre nous, avec cette profonde conviction qu’il n’y avait pas d’autre ciel que cette bonne terre, et que celui-là, était une pure intériorité, un bonheur à créer sans cesse ! Si le tunnel symbolise le passage, mon passage ressemblait plutôt à ces constructions pleines d’escaliers paradoxaux, et d’échelles de Jacob en perspectives étranges, en d’impossibles Mondes de l’envers et du travers, de l'antre et de l'entre-deux, miroirs à l’infini de l’être, comme dessinés par l’extraordinaire M.C. Escher, que je soupçonne, entre deux marches ou deux eaux, d’avoir fait une expérience similaire ! (…) "ORAISON" fragments

Récit d'une Expérience de Mort Imminente et d'un cheminement spirituel.

Poème posté le 09/02/11


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Reumond



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