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Poésie d'hier / En sortant d'un bal
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En sortant d'un bal
par François COPPEE


On n'a pu l'emmener qu'à la dernière danse. C'était son premier bal, songez ! et la prudence De sa mère a cédé jusqu'au bout au désir De la voir, embellie encor par le plaisir, Résister du regard au doigt qui lui fait signe, Ou venir effleurer, d'un air qui se résigne, L'oreille maternelle où sa claire voix d'or Murmure ces deux mots suppliants : Pas encor. C'est la première fois qu'elle entre dans ces fêtes. Elle est en blanc ; elle a, dans les tresses défaites De ses cheveux, un brin délicat de lilas ; Elle accueille d'abord d'un sourire un peu las Le danseur qui lui tend la main et qui l'invite, Et rougit vaguement, et se lève bien vite, Quand, parmi la clarté joyeuse des salons, Ont préludé la flûte et les deux violons. Et ce bal lui paraît étincelant, immense. C'est le premier ! Avant que la valse commence, Elle a peur tout à coup et regarde, en tremblant, Au bras de son danseur s'appuyer son gant blanc. La voilà donc parmi les grandes demoiselles, Oiselet tout surpris de l'émoi de ses ailes. Un jeune homme lui parle et marche à son côté. Elle jette autour d'elle un regard enchanté Et qui de toutes parts reflète des féeries, Et devant les seins nus couverts de pierreries, Les souples éventails aux joyeuses couleurs Semblent des papillons palpitant sur des fleurs. Pourtant elle est partie, à la fin. Mais mon rêve Reste encor sous le charme et, la suivant, achève, Cette première nuit du plaisir révélé. Dans le calme du frais boudoir inviolé, Assise, – car la danse est un peu fatigante, – Elle ôte son collier de perles, se dégante Et tressaille soudain de frissons ingénus En voyant au miroir son col et ses bras nus. Puis le petit bouquet qui meurt à son corsage Dans son dernier parfum lui rappelle un passage De la valse où ce blond cavalier l'entraînait. Elle cherche un instant sur son mignon carnet Un nom que nul encor n'a le droit de connaître. Tandis qu'entre les deux rideaux de la fenêtre L'aube surprend déjà la lampe qui pâlit. Mais la fatigue enfin l'appelle vers son lit ; Et, dans l'alcôve obscure où la vierge se couche, Un doux ange gardien veille, un doigt sur la bouche. Mon rêve, éloigne-toi ! Le respect nous bannit. C'est violer un temple et c'est troubler un nid Que de parler encor de ces choses divines, Alors qu'il ne faut pas même que tu devines. François Coppée

Le cahier rouge

Poème posté le 14/09/16 par Rickways


 Poète
François COPPEE



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