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Poésie d'hier / La Seine a rencontré Paris
Poésie d'hier / La Seine a rencontré Paris
Poésie d'hier / La Seine a rencontré Paris

La Seine a rencontré Paris
par Jacques PREVERT


par Maninred


Qui est là Toujours là dans la ville Et qui pourtant sans cesse arrive Et qui pourtant sans cesse s’en va C’est un fleuve répond un enfant un devineur de devinettes Et puis l’œil brillant il ajoute Et le fleuve s’appelle la Seine Quand la ville s’appelle Paris et la Seine c’est comme une personne Des fois elle court elle va très vite elle presse le pas quand tombe le soir Des fois au printemps elle s’arrête et vous regarde comme un miroir et elle pleure si vous pleurez ou sourit pour vous consoler et toujours elle éclate de rire quand arrive le soleil d’été La Seine dit un chat c’est une chatte elle ronronne en me frôlant Ou peut-être que c’est une souris qui joue avec mois puis s’enfuit La Seine c’est une belle fille de dans le temps une jolie fille du French Cancan dit un très vieil Old Man River un gentleman de la misère et dans l’écume du sillage d’un lui aussi très vieux chaland il retrouve les galantes images du bon vieux temps tout froufroutant La Seine dit un manœuvre un homme de peine de rêves de muscles et de sueur La Seine c’est une usine La Seine c’est le labeur En amont en aval toujours la même manivelle des fortunes de pinard de charbon et de blé qui remontent et descendent le fleuve en suivant le cours de la Bourse des fortunes de bouteilles et de verre brisé des trésors de ferraille rouillée de vieux lits-cages abandonnés ré-cu-pé-rés La Seine c’est une usine même quand c’est la fraicheur c’est toujours le labeur c’est une chanson qui coule de source Elle a la voix de la jeunesse dit une amoureuse en souriant une amoureuse du Vert-Galant Une amoureuse de l’ile des cygnes se dit la même chose en rêvant La Seine je la connais comme si je l’avais faite dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe tout bariolé tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée Un jour elle est folle de son corps elle appelle ca le mascaret le lendemain elle roupille comme un loir et c’est tout comme un parquet bien briqué Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse par-dessus le marché Voilà comment qu’elle est Malice caresse romance tendresse caprice vacherie paresse Si ca vous intéresse c’est son vrai pedigree La Seine c’est un fleuve comme un autre dit d’une voix désabusée un monsieur correct et blasé l’un des tout premiers passagers du grand tout dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé un fleuve avec des ponts des docks des quais un fleuve avec des remous des égouts et de temps à autre un noyé quand ce n’est pas un chien crevé avec des pécheurs à la ligne et qui n’attrapent rien jamais un fleuve comme un autre et je suis le premier à le déplorer Et la Seine qui l’entend sourit et puis s’éloigne en chantonnant Un fleuve comme un autre comme un autre comme un autre un cours d’eau comme un autre cours d’eau d’eau des glaciers et des torrents et des lacs souterrains et des neiges fondues des nuages disparus Un fleuve comme un autre comme la Durance ou le Guadalquivir ou l’Amazone ou la Moselle le Rhin la Tamise ou le Nil Un fleuve comme le fleuve Amour comme le fleuve Amour chante la Seine épanouie et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre rumeur dorée et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier Comme le fleuve Amour vous l’entendez la belle vous l’entendez roucouler dit un grand seigneur des berges un estivant du quai de la Râpée le fleuve Amour tu parles si je m’en balance c’est pas un fleuve la Seine c’est l’amour en personne c’est ma petite rivière à moi mon petit point du jour mon petit tour du monde les vacances de ma vie Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel la Tour Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque la gare de Lyon ou d’Austerlitz c’est mes châteaux de la Loire la Seine c’est ma Riviera et moi je suis son vrai touriste Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte contre inconnu faudrait que j’aie mauvaise mémoire pour l’appeler détresse misère ou désespoir Faut tout de même pas confondre les contes de fées et les cauchemars Aussi quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour soufflera ma bougie quand je me retirerai des affaires de la vie quand je serai définitivement à mon aise au grand palace des allongés à Bagneux au Père-Lachaise je sourirai et me dirai Il était une fois la Seine il était une fois il était une fois l’amour il était une fois le malheur et une autre fois l’oubli Il était une fois la Seine il était une fois la vie

\"Choses et autres\"

Poème posté le 12/01/18 par Maninred


Informations mp3 : Musique finale : Maîtrise de Radio France - « Sous le ciel de Paris » (Dréjac / Giraud)

 Poète



 Interprète
Maninred



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