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Poésie d'hier / Trop de politique
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Trop de politique
par Raoul PONCHON


La France est un pays charmant, - A l’instar de la Chine, - Il n’est pas de ciel plus clément Sur la ronde machine. On dit, et je le crois aussi, Qu’elle est la Benjamine De Dieu, dont c’est le seul souci De lui voir fraîche mine. Tout étranger qui la connaît Et la met en pratique, Affirme volontiers qu’il n’est Pays plus sympathique. Elle épanouit sous les cieux Ses collines riantes, Ses bois, ses vallons spacieux, Ses plaines verdoyantes. Elle offre aux baisers du soleil Ses guérets et ses vignes. On y boit un air sans pareil, Ses saisons sont bénignes. Terre d’aise et de liberté A nulle autre seconde, Elle est comme un grain de beauté Sur la face du monde. Elle a le cœur franc comme l’or Et l’âme harmonieuse Comme la lyre. Et, sans effort, Elle est industrieuse. Elle a, plus ombreux que fourmis, Des savants, des artistes. Pourquoi nous faut-il, mes amis, Vivre des jours si tristes ? Elle joint au bon sens romain Une bravoure franque. Je ne sais, après examen, Vraiment ce qu’il lui manque. Hélas ! C’est que la France aussi, Aujourd’hui lunatique, Sans repos comme sans merci, Se rue en politique. D’un bout de l’an à l’autre bout, Voilà qu’elle s’occupe De ce sport à dormir debout Et dont elle est la dupe. Hier, c’étaient les élections, Et ce sera la Chambre Demain, quoi que nous y fassions. De janvier en décembre, Tout un peuple discutera Les actes et les gestes De ses élus, et mâchera Leurs discours indigestes. Les journaux en seront remplis. Nous n’aurons, comme trêve Consécutive à nos conflits, Que la bombe ou la grève. N’allons-nous donc sortir jamais De cet affreux grabuge ? Nous faudra-t-il, sur les sommets, Espérer un déluge ? Ah ! Si cela devait durer, Ô pays de Cocagne ! Que l’art seul devrait illustrer, Tu serais tôt un bagne. Si tu ne veux pas voir un jour Gâté ton beau physique, Ô ma patrie ! Ô mon amour ! Reste dans la… musique.

Le Journal - 7 mai 1906

Poème posté le 07/02/19 par Oxalys



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