Accueil
Poésie d'hier / Triptyque de l'homme
Poésie d'hier / Triptyque de l'homme
Poésie d'hier / Triptyque de l'homme

Triptyque de l'homme
par Guillaume APOLLINAIRE


Les poltrons La fée aux blanches mains a regardé le loin Où son féal Gauvain chevauchait en silence, Elle aperçoit alors le malencontre Arlion Qui sur le gué brandit sa lourde et longue lance. Gnomes et Korrigans au visage chafoin Ont l'air de se moquer, mais restent à distance, On distingue là-bas le rythme de leur danse. La rousse Fée alors du combat est témoin. Rutilent au soleil les métaux des armures. Le bruit du fer couvre la voix et les murmures Du torrent. Les preux songent à d'autres combats. … Or, perverse, pour les exciter, sur ses hanches Laissant tomber ses cheveux, la Fée aux mains blanches Levant un peu la tête aperçoit tout là-bas Les écuyers des preux cachés emmi les branches. La maison de cristal Gauvain cherchait Myrdhinn et cornait dans la nuit. Des ombres vagues erraient dans Brocéliande. Le preux s'apeurait : « Est-ce sabbat ? Rien ne luit. Myrdhinn connaît ma voix, Dieu fasse qu'il l'entende. » Le cor pleurait et l'écho répétait... Un bruit, Un cri tout à coup ; lors Gauvain songea : « Minuit, Est-ce Lilith qui clame ? Faut-il que j'attende Le jour pour chercher l'Enchanteur ? Hélas, si grande Est la forêt que la voix de mon cor s'y perd ! Cornons plus fort. Peut-être pourra-t-il m'entendre … La nuit, les bois sont noirs et se meurt l'espoir vert Avec le jour... » - Un cri : « J'aime ta tristor tendre, Vivlian ! » - « C'est lui ! », dit Gauvain qui vit Sous cloche de cristal par la Fée asservi Myrdhinn qui souriait irréel et ravi. L'orgueilleux Or, le Bel Inconnu, Giglain, fils de Gauvain, Fatigué, descendit de cheval et près d'une Fontaine s'assit et pensa : « Serait-ce en vain Que je suis un héros et de la loi commune Ne peut-on pas sortir ? » Mais lors il se souvint Qu'il mangeait, qu'il dormait, et qu'il aimait le vin, Et que, seul, la nuit et souvent même à la brune, Il avait peur de spectres vagues sous la lune ; Puis il toussa songeant : « Les hommes sont mortels Et toujours quoiqu'on fasse, hélas, ils seront tels ! » Lors il eut souvenir de fêtes triomphales, De tournois où toujours il vainquit... Mais le preux Connut que les Héros sont cruels et peureux. Puis il s'enorgueillit pensant aux hommes pâles Qui diraient ses hauts faits... imaginés par eux.

in "Poèmes retrouvés"
NRF / Poésie / Gallimard (1956)


Poème posté le 24/08/20 par Jim


 Poète
Guillaume APOLLINAIRE



Sa carte de visite Cliquez ici pour accéder à la carte de visite de l'artiste (Sa présentation et l'ensemble des ses créations)





.