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Poésie d'hier / La mort de Darius
              
Poésie d'hier / La mort de Darius
         
Poésie d'hier / La mort de Darius

La mort de Darius
par Alexandre DE PARIS


[u]Prologue[/u]: Alors que Philippe s'apprête à se soumettre à Darius qui réclame un tribut contre la paix, Alexandre s'oppose et défie Darius. Celui-ci lui répond en lui envoyant trois objets symboliques : un fouet pour soumettre, une balle pour jouer comme un gamin, de l'or signifiant la rançon qui le rachètera après sa défaite. Alexandre réplique par les mêmes objets en inversant leurs significations. En particulier, la balle qui dès lors représente le monde qu'il dominera. On ne peut s'empêcher de penser à Chaplin jouant, dans Le Dictateur, avec le globe terrestre. Darius, vaincu par Alexandre après la bataille d'Issos et la prise de Persépolis, meurt empoisonné par ses satrapes, Bessos et Ariabarzanès. Il confie à Alexandre la protection de ses proches, en particulier de sa fille Roxane qu'Alexandre épousera. J'ignore la part de vérité historique dans cette relation entre Darius et Alexandre, les humains, dans le monde réel, affectant d'autant plus la noblesse qu'ils s'affirment salopiots. De cette œuvre est issu l'appellation d'alexandrin pour le dodécasyllabe. Le Roman d'Alexandre Branche III : Darius tué par ses serfs 11 Qant Dayres vit ice qu'il iert a mort navrés, Alixandre manda par deus de ses privés Q'il le viegne veoir ains qu'il soit deviés. Li rois fist que cortois, poignant i est alés. « Sire, ce li dist Dayres, cinc cents mercis et gres, Qant vos plaist ça venir et pitié en avés ; A morir devant vos m'est grans confors assés. Une fille ai molt bele, se prendre la volés Ma terre et mes avoirs vos iert abandonnés Si vos en servira tres tous mes parentés Et si serés du mont tous li mieus mariés ; Avant ier la preïstes el champ ou fui navrés. Et se cest mariage a vostre oés ne volés, Je vos proi par franchise que mari li donés, Que selons son parage soit ses cors honorés. Ne creés vos cuivers ne vos i fiés ; Se clamor vos en vient, du droit nes deportés, Car molt vos en harroit du ciel la maiestés. Li mien que je avoie essauciés et levés A dolor me font vivre, si com veoir pöés. Cil qui d'aus se clamoit estoit bien escoutés, Mais ja droit n'en eüst cil qui s'en fust clamés. Li maus et li damages en est sor moi tornés ; En traïson m'ont mort, Dieu lor en rende gres ! Si feront vous li vostre, se vous ne vos gardés. $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$ Quand Darius vit qu'il était blessé à mort, il fit appeler Alexandre par deux de ses familiers, lui demandant de venir le voir avant sa fin. Le roi, avec courtoisie, s'empressa de le rejoindre. « Seigneur, lui dit Darius, soyez mille fois remercié d'avoir accepté de venir, par pitié pour moi ! C'est un grand réconfort de mourir devant vous. J'ai une fille, très belle : si vous voulez l'épouser, ma terre et ma fortune seront toutes à vous, tout mon lignage sera à votre service et vous aurez fait le plus riche mariage du monde. Vous venez de la capturer, à la bataille où j'ai été blessé. Et si vous ne voulez pas de ce mariage pour vous-même, j'en appelle à votre noblesse, donnez lui un mari qui lui permette d'être honorée selon son rang ! Ne vous fiez pas à vos serfs, ne leur accordez aucune confiance ! Si l'on se plaint d'eux, ne les soustrayez pas à la justice, car vous encourriez la haine de la majesté divine ! Les miens, que j'avais promus et élevés, sont cause de mes douleurs, vous le voyez bien. Celui qui se plaignait d'eux était bien écouté mais malgré sa plainte, ne recevait jamais justice. Le malheur et le dommage en sont retombés sur moi. Ils m'ont tué par trahison, Dieu leur rende leur dû ! Et les autres vous en feront autant, si vous n'y prenez garde ! (Traduction : Laurance Harf-Lancner)

Le Roman d'Alexandre, d'Alexandre de Bernay, dit de Paris, collection Lettres gothiques - Le Livre de Poche - Ed.: 2016

Poème posté le 07/02/21 par Jim



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