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Poésie d'hier / Lapins
           
Poésie d'hier / Lapins
       
Poésie d'hier / Lapins

Lapins
par Théodore DE BANVILLE
Highslide JS
par Oxalys

Lapin de garenne par Franz MARC
Illustration proposée par Oxalys

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Les petits lapins, dans le bois, Folâtrent sur l’herbe arrosée Et, comme nous le vin d’Arbois, Ils boivent la douce rosée. Gris foncé, gris clair, soupe au lait, Ces vagabonds, dont se dégage Comme une odeur de serpolet, Tiennent à peu près ce langage : « Nous sommes les petits Lapins, Gens étrangers à l’écriture, Et chaussés des seuls escarpins Que nous a donnés la Nature. Près du chêne pyramidal Nous menons les épithalames, Et nous ne suivons pas Stendhal Sur le terrain des vieilles dames. N’ayant pas lu Dostoïevski, Nous conservons des airs peu rogues Et certes, ce n’est pas nous qui Nous piquons d’être psychologues. Exempts de fiel, mais non d’humour Et fuyant les ennuis moroses, Tout le temps nous faisons l’amour, Comme un rosier fleurit ses roses. Nous sommes les petits Lapins. C’est le poil qui forme nos bottes, Et, n’ayant pas de calepins, Nous ne prenons jamais de notes. Nous ne cultivons pas le Kant ; Son idéale turlutaine Rarement nous attire. Quant Au fabuliste La Fontaine, Il faut qu’on adore à genoux ; Mais nous préférons qu’on se taise, Lorsque méchamment on veut nous Raconter une pièce à thèse. Étant des guerriers du vieux jeu, Prêts à combattre pour Hélène, Chez nous on fredonne assez peu Les airs venus de Mytilène. Préférant les simples chansons Qui ravissent les violettes, Sans plus d’affaire, nous laissons Les raffinements aux belettes. Ce ne sont pas les gazons verts Ni les fleurs, dont jamais nous rîmes Et, qui pis est, au bout des vers Nous ne dédaignons pas les rimes. En dépit de Schopenhauer, Ce cruel malade qui tousse, Vivre et savourer le doux air Nous semble une chose fort douce, Et dans la bonne odeur des pins Qu’on voit ombrageant ces clairières, Nous sommes les tendres Lapins Assis sur leurs petits derrières. » 27 novembre 1888.

Recueil : Sonnailles et Clochettes, 1890

Poème posté le 15/04/21 par Oxalys


 Poète
Théodore DE BANVILLE



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