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Poésie d'hier / Le chant d'Alphésibée
              
Poésie d'hier / Le chant d'Alphésibée
         
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Le chant d'Alphésibée
par VIRGILE


Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim. - Apporte l'eau lustrale et pare les autels, Brûle l'herbe odorante et les grains d'encens mâle ; Pour troubler mon amant j'agirai par magie ; Je n'ai plus de recours qu'en ces enchantements. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Ces chants peuvent du ciel faire tomber la lune ; Circé sut transformer par eux les gens d'Ulysse ; Ils peuvent dans les prés rompre le froid serpent. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. D'une triple couleur, je ceins ton effigie Et trois fois la promène autour de cet autel ; Trois fois, c'est que le dieu goûte le nombre impair. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Nouez, Amaryllis, ces couleurs de trois nœuds ; Faites vite, en disant : Par Vénus, je te lie. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Comme fond cette cire et durcit cet argile, Et par le même feu, tel mon cœur pour Daphnis : Répands cette farine ; enflamme ces lauriers ; Je brûle en les brûlant ce Daphnis qui me brûle. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Je veux qu'il m'aime, telle une génisse ardente Courant après le mâle, et par monts et par vaux, Succombe à la fatigue et se couche dans l'herbe, Egarée et sans voir que la nuit noire vient : Qu'un tel amour le tienne et me laisse insensible ! Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Le perfide, en fuyant, m'a laissé, tendres gages, Ces hardes, que je mets moi-même sur le seuil. Je te les livre, ô Terre : ils me doivent Daphnis. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Ces herbes, ces poisons cueillis dans la Colchide, Fertile en tels produits, Moeris me les donna. Je l'ai vu bien souvent se transformer en loup, Fuir dans les bois, tirer les âmes des sépulcres, Et porter les moissons d'une terre dans l'autre. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. Emporte, Amaryllis, ces cendres, jette-les Dans l'eau, derrière toi, sans retourner la tête. J'attaque ainsi Daphnis. Mais rien ne peut sur lui. Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville. - Vois... Comme je tardais, la cendre se fait flamme, D'elle-même ! L'autel brûle. Je ne sais quoi D'heureux, peut-être ? Hylas à notre porte aboie. Que croire ? Est-ce l'amour qui fait rêver l'amante ? C'est lui... Daphnis revient... Cessez, charmes, cessez... Parcite, ab urbe venit, jam parcite, carmina, Daphnis.

Extrait de PHARMACEUTRIA
huitième Bucolique de Virgile
traduction : Paul Valéry

Edition : Folio / Classique - Gallimard (1956)


Poème posté le 11/04/22 par Jim

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