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Poésie d'hier / La Genèse polynésienne
              
Poésie d'hier / La Genèse polynésienne
         
Poésie d'hier / La Genèse polynésienne

La Genèse polynésienne
par Charles Marie René LECONTE DE LISLE


Dans le Vide éternel interrompant son rêve, L’Être unique, le grand Taaroa se lève. Il se lève, et regarde : il est seul, rien ne luit. Il pousse un cri sauvage au milieu de la nuit : Rien ne répond. Le temps, à peine né, s’écoule ; Il n’entend que sa voix. Elle va, monte, roule, Plonge dans l’ombre noire et s’enfonce au travers. Alors, Taaroa se change en univers : Car il est la clarté, la chaleur et le germe ; Il est le haut sommet, il est la base ferme, L’œuf primitif que Pô, la grande Nuit, couva ; Le monde est la coquille où vit Taaroa. Il dit : — Pôles, rochers, sables, mers pleines d’îles, Soyez ! Échappez-vous des ombres immobiles ! — Il les saisit, les presse et les pousse à s’unir ; Mais la matière est froide et n’y peut parvenir : Tout gît muet encore au fond du gouffre énorme ; Tout reste sourd, aveugle, immuable et sans forme. L’Être unique, aussitôt, cette source des Dieux, Roule dans sa main droite et lance les sept cieux. L’étincelle première a jailli dans la brume, Et l’étendue immense au même instant s’allume ; Tout se meut, le ciel tourne, et, dans son large lit, L’inépuisable mer s’épanche et le remplit : L’univers est parfait du sommet à la base, Et devant son travail le Dieu reste en extase.



Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre


Poème posté le 24/07/22 par Lau


 Poète
Charles Marie René LECONTE DE LISLE



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