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Poésie d'hier / Romania (Extrait)
              
Poésie d'hier / Romania (Extrait)
         
Poésie d'hier / Romania (Extrait)

Romania (Extrait)
par Marie NIZET


.... Songez à la Pologne, à sa longue agonie! Ne laissez pas glisser la jeune Roumanie Dans le gouffre noir et profond. Elevez votre voix ou tirez votre glaive! Mais de ces nations pas une ne se lève... Eh quoi!... pas une ne répond! Espagne, qui jadis de flottes couvrais l'onde, Parmi les grands États se partageant le monde, Déjà l'on ne te compte plus. Roumains, qui prendrait garde à votre appel suprême Lorsqu'au Tzar de Moscou l'Italie elle-même Adresse un sourire confus ! Et craignant que par toi tous leurs maux ne renaissent, Ils n'osent t'appeler, Autriche — ils te connaissent ! Tes Hongrois, geôliers inhumains, Que l'on voit à la fois oppresseurs et victimes, Font peser lourdement leurs droits illégitimes Sur trois millions de Roumains. Allemagne, et toi donc? — Par-dessus la frontière, Tu tends ta lâche main à la Russie altière, Allemagne où l'air se corrompt ; Empire né d'hier, fait d'une monarchie, Qui portes en ton sein la brûlante anarchie, Qui portes des taches au front ! Que t'importent les fils du Romain et du Dace! Tu traînes après toi la Lorraine, l'Alsace, Le Schleswig, pris au Danemark ; Et ta splendeur factice est enfin retombée, Et ton peuple n'est plus qu'une horde, courbée Aux genoux de fer de Bismarck ! Et toi donc, Albion ? — Le bruit de tes usines Qui te font envier des nations voisines Remplace les chants d'Ossian. Au delà du détroit te voilà plus lointaine Que ne le fut jamais l'Amérique hautaine, Au delà du large Océan ! Et que te font, d'ailleurs, Roumanie ou Finlande ! Les larmes et le sang des enfants de l'Irlande Ont souillé ton manteau royal. J'entends grincer les fers des rajahs de Mysore, Et je vois dans ta main, toute rougie encore, Peser un globe impérial. Et toi qu'ils appelaient leur seconde patrie, Reine des nations, de tant de coups meurtrie, Vers qui leur espoir est tourné, France ! les entends-tu ?. . . Mais ton flanc saigne encore, Et tu combats aussi l'hydre qui te dévore : Le noir papisme déchaîné ! France, toi qui, marchant de victoire en victoire, Refoulas pour longtemps dans la nuit de l'histoire Les Tzars qui tremblaient à tes pas, France, toi qui rendis Venise à l'Italie, Si tu ne réponds point à leur plainte affaiblie, Leurs fils ne t'accuseront pasl A LA ROUMANIE. Meurs donc ! comme autrefois est morte la Pologne î Cesse de leur montrer tes bras faibles et lourds ; Laisse le Tzar finir sa lugubre besogne : Les peuples d'Europe sont sourds ! L'égoïste intérêt les inspire et les mène. Est-ce pour toi, Terre Roumaine, Qu'ils lèveraient leurs étendards ?... Meurs donc ! Et, sans remords, ils verront disparaître, Avec ton aigle en deuil, qu'ils redoutaient peut-être, Le dernier de tes hospodars ! 8/20 avril 1877

Romania (chants de la Roumanie), 1878
Dans le recueil Pour Axel de Missie, 1923


Poème posté le 20/10/22 par Oxalys



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