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Poésie d'hier / Balade CCCCLVI
              
Poésie d'hier / Balade CCCCLVI
         
Poésie d'hier / Balade CCCCLVI

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Balade CCCCLVI
par Eustache DESCHAMPS


Dames, dames que j'ay long temps servi Depuis qu'Amours m'a donné cognoissance, Et en tous cas vous,loé et chery Et emploié cuer et corps et puissance, Et en mes dis de joieuse plaisance Parlé amoureusement, Priez pour moy ! Car mon deffinement Voy aprouchier et le temps de ma biere. Le treu pairay de mort prochainement Se de Dieu n'ay secours a vo priere. Las ! Des que j'oy XIIII ans et demi, Je me soumis a vostre obéissance. Si devriez avoir pitié de my Et vo servant avoir en remembrance. Or vous suppli, doulces dames de France, De prier devotement Nostre Seigneur pour mon alegement Et, se je muir, aiez ma tombe chiere Car sanz retour vois au grand mandement Se de Dieu n'ay secours a vo priere. Et s'il convient que je departe ainsy, Vueillés oïr ma piteuse ordenance ! Je crie a Dieu de mes forfais mercy ; A mes homs laiz ma petite chevance ; Le corps aux vers fera sa penitance. Or ait l'ame sauvement ! Vestez vous blanc pour moy au remenant, Car de purté porte blanc la lumiere ! Et d'eschapper n'ay espoir nullement Se de Dieu n'ay secours a vo priere. $$$$$$$$$$ Ballade 70 O Dames, vous que j'ai longtemps servies depuis qu'Amour m'a donné la sagesse, vous dont j'ai toujours fait le tendre éloge, à qui j'ai voué cœur, corps et puissance, à qui j'ai parlé avec tant d'amour dans mes joyeuses chansons, priez pour moi ! Car je vois approcher ma fin et l'heure du tombeau. Je vais bientôt payer l'impôt mortel si vous ne priez Dieu de me venir en aide ! Hélas ! Dès mes quatorze ans et demi je me mis sous vos ordres. Vous devriez avoir pitié de moi, vous souvenir de votre serviteur. Je vous supplie douces dames de France, de prier dévotement Notre-Seigneur d'alléger tous mes maux et, si je meurs, d'entretenir ma tombe, car je suis convoqué au Parlement final si vous ne priez Dieu de me venir en aide. Et si je dois vraiment partir ainsi, oyez, oyez ma triste ordonnance ! J'implore Dieu de pardonner mes fautes ; Je lègue mes maigres biens à mes hommes ; mon corps chez les vers fera pénitence. Que mon âme soit sauvée ! Au demeurant, portez pour moi le blanc, couleur de la lumière pure ! Et je n'ai plus l'espoir d'être épargné si vous ne priez Dieu de me venir en aide.

Traduction : Clotilde Dauphant
Ballades amoureuses – Anthologie – Eustache Deschamps (1340 - 1405)
Lettres gothiques, Livre de Poche, 2014


Poème posté le 02/07/23 par Jim

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