Accueil
Poésie d'hier / La voleuse de sommeil
              
Poésie d'hier / La voleuse de sommeil
         
Poésie d'hier / La voleuse de sommeil

Signaler un contenu inaproprié.

La voleuse de sommeil
par Rabindranath TAGORE


Qui a dérobé le sommeil aux yeux de Bébé ? Je saurai bien le découvrir. Sa mère était allée au village voisin, sa cruche serrée dans ses bras, pour chercher de l'eau. Il était midi. Les enfants avaient cessé leurs jeux. Les canards étaient silencieux sur la mare. Le jeune pâtre dormait à l'ombre du banyan. La grue se tenait debout, grave et immobile, dans le marécage près du bosquet de manguiers. C'est à cet instant que la voleuse vint saisir le sommeil sur les yeux de Bébé et l'emporta dans son vol. Quand la maman rentra, elle trouva l'enfant qui explorait à quatre pattes tous les recoins de la chambre. Qui donc a dérobé le sommeil aux yeux de notre Bébé ? Je veux le savoir. Je veux trouver le coupable et l'enchaîner. Mes regards iront plonger dans cette grotte sombre où filtre un mince ruisseau à travers les galets et les blocs farouches. J'irai fouiller les ombres somnolentes des bosquets de bakula où les ramiers roucoulent dans leurs coins favoris, où, pr les nuits étoilées et muette, les anneaux tintent aux pieds des fées. Au soir, dans la forêt, mon regard scrutera la solitude murmurante des bambous. Là les lucioles prodiguent leur lumière et je demanderai à toutes les créatures que je rencontrerai : « Pouvez-vous me dire où demeure la voleuse de sommeil ? » Qui donc a volé le sommeil aux yeux de Bébé ? Je saurai bien le découvrir. Si jamais je l’attrapais, elle aurait affaire à moi ! Je monterais à l'assaut de son nid et je verrais où elle entasse tous les sommeils volés. Je la dépouillerais de son butin et l'emporterais chez moi. Puis j'attacherais solidement ses deux ailes et je l'installerais au bord de l'eau. Maintenant, qu'elle s'amuse à pêcher avec avec un jonc au milieu des roseaux et des nénuphars ! Quand, le soir, les emplettes sont finies au village et que les enfants se reposent sur les genoux de leurs mères, alors les oiseaux de nuit l'étourdiront de leur moqueries : « Haha ! À qui vas-tu dérober son sommeil à présent ? »

LA JEUNE LUNE - Traduction : Mme Sturge Moore
NRF / Poésie / Gallimard - 1963


Poème posté le 18/07/23 par Jim


 Poète
Rabindranath TAGORE



Sa carte de visite Cliquez ici pour accéder à la carte de visite de l'artiste (Sa présentation et l'ensemble des ses créations)





.