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Poésie d'hier / La soeur aînée
              
Poésie d'hier / La soeur aînée
         
Poésie d'hier / La soeur aînée

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La soeur aînée
par Victor de LAPRADE


Elle avait ses cinq ans à peine, Qu'on admirait dans la maison, Dans la maison bruyante et pleine, Sa bonne humeur et sa raison. Toujours à bien faire occupée, Ferme et vaillante avec douceur, Elle aimait, au lieu de poupée, Elle aimait sa petite soeur. Elle veillait à ses toilettes Comme une petite maman, Présidait aux jeux, aux emplettes, Aux surprises du jour de l'an. Elle arrangeait l'affreux bagage Des grands frères désordonnés, Et de jolis noeuds, son ouvrage, Leurs cous rétifs étaient ornés. Qu'on perdît un livre d'étude, Cahier, canif et csetera... On disait sans inquiétude : « Bah! Hélène le trouvera! » Faisant moins de bruit que personne A peine elle avait entendu, Au négligent qui l'abondonne Elle apportait l'objet perdu. Et parfois, dans les cas suprêmes, A ses yeux vifs ayant recours, Le père et la maman eux-mêmes Avaient besoin de son secours. Mais c'est quand vint le petit frère, C'est alors qu'il fallait la voir! Comme elle était heureuse et fière De bercer l'enfant chaque soir! Alors elle était grande et sage, Bonne aux plus sérieux emplois; Ce n'était point un badinage, Elle avait sept ans cette fois ! Qu'elle prudence maternelle Aux premiers pas du gros bébé! Jamais en trottinant près d'elle Le cher petit n'était tombé. Qu'on le taquine ou qu'on le gronde, On verra si la bonne soeur, La servante de tout le monde, Sait résister à l'oppresseur. Se dressant de toute sa taille Et le cachant contre son sein, Elle est prête à livrer bataille : La poule défend son poussin. Si vous n'aimiez pas votre Hélène Après un passé si touchant, Votre âme serait bien vilaine, Paul, et vous seriez bien méchant! Mais des soins et de l'amour tendre, Cher petit, déjà coutumier, A la chérir, à la défendre, Tu seras toujours le premier. C'est notre jeune Providence, Nous puisons tous à ce trésor. On aime, on vante sa prudence ; Toi, tu la vantes plus encor. Elle fut ta petite mère, Et tu vois comme elle s'y prend Pour être douce à son vieux père; Tu vois les soins qu'elle me rend. La voilà grande et presque femme, Et ceux-là seront trop heureux Qui, nous ôtant cette chère âme, Se la partageront entre eux. Aimez-la bien, la soeur aînée, Retenez-la dans notre nid; C'est pour vous qu'elle nous est née, Et votre père la bénit.

(1812-1883)
"Le Livre d'un père"


Poème posté le 24/11/23 par Assonance

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