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Cri
par Antonin ARTAUD


Le petit poète céleste Ouvre les volets de son cœur. Les cieux s'entrechoquent. L'oubli Déracine la symphonie. Palefrenier la maison folle Qui te donne à garder des loups Ne soupçonne pas les courroux Qui couvent sous la grande alcôve De la voûte qui pend sur nous. Par conséquent silence et nuit Muselez toute impureté Le ciel à grandes enjambées S'avance au carrefour des bruits. L'étoile mange. Le ciel oblique Ouvre son vol vers les sommets La nuit balaye les déchets Du repas qui nous contentait. Sur terre marche une limace Que saluent dix mille mains blanches Une limace rampe à la place Où la terre s'est dissipée. Or des anges rentraient en paix Que nulle obscénité n'appelle Quand s'éleva la voix réelle De l'esprit qui les appelait. Le soleil plus bas que le jour Vaporisait toute la mer. Un rêve étrange et pourtant clair Naquit sur la terre en déroute. Le petit poète perdu Quitte sa position céleste Avec une idée d'outre-terre Serrée sur son cœur chevelu. * Deux traditions se sont rencontrées. Mais nos pensées cadenassées N'avaient pas la place qu'il faut, Expérience à recommencer.

(écrit début 1924)
Correspondance avec Jacques Rivière NRF / Gallimard - 1968


Poème posté le 26/12/23 par Jim


 Poète
Antonin ARTAUD



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