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Poésie d'hier / Le Gardeur de troupeaux II
              
Poésie d'hier / Le Gardeur de troupeaux II
         
Poésie d'hier / Le Gardeur de troupeaux II

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Le Gardeur de troupeaux II
par Fernando PESSOA


Mon regard est net comme un tournesol. J'ai l'habitude d'aller par les chemins, jetant les yeux de droite et de gauche, mais en arrière aussi de temps en temps... Et ce que je vois à chaque instant est ce que jamais auparavant je n'avais vu, de quoi j'ai conscience parfaitement. Je sais éprouver l'ébahissement de l'enfant qui, dès sa naissance, s'aviserait qu'il est né vraiment... Je me sens né à chaque instant à l'éternelle nouveauté du Monde... Je crois au monde comme à une pâquerette, parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui parce que penser c'est ne pas comprendre... Le Monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui (penser c'est avoir mal aux yeux) mais pour que nous le regardions avec un sentiment d'accord... Moi je n'ai pas de philosophie : j'ai des sens... Si je parle de la Nature, ce n'est pas que je sache ce qu'elle est, mais parce que je l'aime, et je l'aime pour cette raison que celui qui aime ne sait jamais ce qu'il aime, ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c'est qu'aimer... Aimer, c'est l'innocence éternelle, et l'unique innocence est de ne pas penser.



Poème posté le 21/04/24 par Messaisons


 Poète
Fernando PESSOA



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