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Poésie libre / Le voleur de plages arrières
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Le voleur de plages arrières
par Cometehayley


Depuis quelques années, il avait pris l’habitude de voler des plages arrières de voitures, quelle que soit la marque du véhicule, la série, le découpage de l’objet convoité, le concept, la couleur, le volume … Qu’importe ! 4/4 ou cabriolet, qu’importe pour lui, seule la plage arrière comptait, Il ne voyait qu’ELLE ! Plage arrière, sur mesure ou pas, Munie d'un revêtement de vrai cuir, Savoureux comme une peau de femme, Ou bien un bête simili à l’odeur plastifiée, Qu’importe ! Plage de basse ou de haute qualité, montée toute nue ou avec des haut-parleurs puissants, des woofers et autres technologies au concept innovant, au superbe design ou bien de vieilles plage toute marquée par leur propre histoire, poils du chien, griffes de chat, ou bien les crottes de nez des enfants … Que sais-je, qu’importe, pour lui, seule la plage arrière comptait ! Kit de plage à assembler ou déjà entièrement faites, amovibles de manière à garantir une flexibilité maximale, ou avec bar, ou sans bar, seule la plage arrière comptait pour lui ! Quand elles étaient là, offertes, Disponibles comme femmes au repos, Comme livrées par les Dieux, Pour son plaisir à lui seul, Prête à l'emploi, clé sur plage, Ho - ri - zon - ta - le … Alors la frénésie le prenait aux tripes, Au pantalon, et là, Le larcin prenait tout son sens ! Chez lui, le jour de la perquisition, la police trouva 666 plages, gisantes, Vivantes, comme une seule étendue de terres noires. Des plages comme sablonneuses, labourées par les longues pluies de l'hiver, brûlées par les feux de l'été, des plages à la pente douce ou rapide, ainsi l’auteur des larcins plagiait-il des passages entiers des œuvres de la littérature, imitant l’un, pillant l’autre, un vrai plagiaire ! Une vraie cour des miracles que cet appartement ! Ce jour là, les policiers ne trouvèrent à son domicile aucune trace du voleur de plages arrière ! Peut être s’était-il reconverti en voleur de bicyclette ? Peut-être était-il devenu honnête, ça arrive après tout, comme après une subite conversion au pied d’un Saint-Christophe de tableau de bord ? Après quoi, le mauvais garçon était-il entré au convent, après s’être approprié le bien d’autrui, par ruse ou bien par force, comme un odieux détrousseur de coffre à bagages, un malandrin de la voiture ? A partir de ce jour néfaste, les plages arrière furent placées par les autorités à la Société Protectrice des Plages Arrières, dans un endroit du rivage où les vagues pouvaient déferler sur elles sans les détériorer. Plages de sable contre plaques d’immatriculation, Plage de galets, plage de stations balnéaires, Et de stations service. C’est là, dans ce cimetière de voitures qu’il aimait venir flâner, Rêvant de rouille et de carcasses agonisantes après tant de kilomètres, Sur les autoroutes polluées et les chemins de traverse. C’est là que la police l’arrêta, un jour d’été, un vendredi, Comme aujourd’hui, alors qu’il s’accordait un peu de repos, Une dernière sieste, un dernier repos avant le grand voyage, Sous la plage arrière d’un dernier corbillard. Hayley



Poème posté le 04/03/08


 Poète
Cometehayley



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