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Voyage dans le ciel
par Bea


Montagne, tu m'habites de ta lumière trop intense pour le regard. Je peux fermer les yeux, et voir la joie qui monte, bouillonne et transporte la sève, fragile, jusqu'aux extrémités palpitantes des châtaigniers en fleurs, coupes débordantes de parfums acides où s'enivrent les sens. Au-dessus de ce fleuve, la pente s'offre, ronde et douce comme un dos, à demi-nue parfois des hêtraies dispersées, sous la cime tendue qui se noie dans le ciel. Tout en bas, un torrent silencieux dévore les vallons et se perd à l'ouest dans les marées humaines. Monts, pics, sommets, vous que sculpta dans la lumière bleue un génie inconnu, je vous demande asile. J'ai besoin de votre solitude, fraiche comme une cathédrale, de vos arcs acérés qui défieront ma chair, de vos cimes déchirées par la course éperdue des vents et des nuages, pour refondre mon âme à vos acharnements, votre lutte âpre à demeurer debout, dignes et grandioses, je veux connaître avec vous la démesure de l'accomplissement. Devant toi, montagne aucun homme ne peut encore tenter de dissimuler sa petitesse. Pour atteindre ton sommet, il doit se dépouiller du poids trop lourd de son orgueil. S'il veut entrevoir les extraordinaires beautés de ton voyage dans le ciel, il lui faut abandonner le long des sentes caillouteuses, au bord des gouffres sans fond et sur tes crêtes incertaines, tout ce qui faisait sa force dans les mondes d'en bas. Les faux semblants, les mensonges, l'indifférence, la vanité suinteront de sa peau brûlée par le soleil trop vif, lacérée par les tourmentes. Au bord des précipices, il retrouvera ses peurs d'enfant; perdu sur des pentes abruptes, absorbées par les brumes épaisses qui n'en finissent plus de monter obstinément des vallées disparues, quand le ciel supplicié se ferme devant lui, il lui monte à la gorge comme des supplications, des désirs éperdus, d'un toit, d'un accueil chaleureux, d'une fraternité inconnue. Lorsqu'est baissé le masque de la domination et de la possession, l'homme affaibli, tombé sur les genoux, a dans le regard qu'il élève vers un dieu oublié, un élan magnifique, un besoin d'amour tel qu'en son âme enfin offerte se creusent des espaces nouveaux que l'amour seul pourra combler. Alors seulement lui seront accessibles, ô montagne, tes splendeurs inviolées, l'extase de tes immenses silences, tes aubes mystérieuses, tes œuvres dévoilées, et dans son innocence, il entendra, pour la première fois, de tes gorges puissantes, jaillir des chants baignés de lumière.



Poème posté le 20/03/10


 Poète
Bea



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