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Poésie libre / Tisseur
Poésie libre / Tisseur
Poésie libre / Tisseur

Tisseur
par Mandin


hier je me suis assis je l’ai mémorisé je fus très vite édifié aujourd’hui ma convoitise me fait tisser les silences de son corps. Chaque vêtement tombe comme une lame de ressort les tissus chantent l’apparence. Elle est nue. L’entrechoquement des idées et des chaleurs se mêle à l’eau de ses saveurs. Elle se hisse sur la pointe des orteils à ce moment dans l’élongation de son corps elle devient un métier à tisser. Elle s’agrandit de quelques centimètres ouvre grands les bras et s’envole loin de mon canevas. Délaissant mon burin dans un vide illettré elle se poste accroupie sur un rayon brillant ses formes s’étoffent de lumière. Des ombres s’accouplent contre nature à sa nature formelle des sombres des nitescences naissent telles des jumelles sur ses épidermes aux multiples peaux. Des arabesques s’écoulent de ses yeux. Ses os saillent comme des pédoncules et granitent ainsi ses soies. Des petits bruits fermentent de trou en trou exhalaisons subtiles qui savent de quoi elles parlent. Des tulles l’une sur l’autre drapent ses muscles arrondis. Sa nudité s’habille d’elle-même. La retisser devient nécessaire pour m’en souvenir. Elle se relève sans lever la tête ni les bras des forces inouïes soulèvent son bassin le lustre extravague des neiges roses. Elle est enfin debout rejette sa chevelure alezane de bas devant à haut arrière elle est sculpturale ainsi drapée d’incantations. Je suis à l’écoute tout devient évident : Cette sculpture est à tisser ! Ce souvenir tramera une intrigue perpétuelle. Son corps éclaire mes idées son plaisir à mes pieds se débobine mes outils en tombent une quenouille intelligente surgit dans ma main. Un coup terrible pulvérise le bloc de marbre nul ne saura jamais qui en donna l’ordre et pourquoi un sculpteur désarmé est un poète posthume les marbrures sont hostiles le temps fredonne des chants de guerre. Elle n’est le modèle de personne personne n’est son modèle elle convie aux concaves de ses convexes aux convexes de ses concaves. Dans mes mains rien ne trouve grâce ni le fond ni la forme la création n’a plus de sens. Je n’ai plus d’art devant ce corps. Le sculpteur rêve d’être musicien j’ai au bout des doigts des silences au bout des yeux des haussements baudelairiens sur le bout des lèvres des ébahissements. Je vais tisser ce qu’en elle s’entortille avec les mots de mes regards et les vides de mes mains. Elle lève une jambe libellule son pied arachnéen en tournant tisse une toile fumeuse. Dans le clair-obscur de l’atelier des mouches viennent mourir dans des sillons turquoise. Ses bras comme des ailes poussent. Des lumières assombries installent sur ses épaules des chemins oniriques. Je laisse choir ma quenouille mes mains se faufilent dans sa masse tissulaire ses yeux s’intéressent enfin à ce moment mes doigts s’agitent dans le magma cotonneux ils l’imaginent de l’intérieur. Tout ce qui est lumineux rentre dans ses yeux mes doigts s’activent tout ce qui est sombre ombre ses lèvres tout ce qui est gris farde ses paupières tout ce qui n’est pas n’a rien se cache derrière son sourire. Je sens au bout de mes doigts comme à l’appel du muezzin son corps se plier sous ma prière. J’extrais de son ventre mes mains éclairées laissant à l’intrigue ses jeux de mots. Nous fermons les yeux et nous restons ainsi dans le noir absolu. Mes mains froissent les étoffes mordorées de son corps. Dans le noir absolu je fais l’inventaire de l’enchevêtrement de ses harmonies dans le noir absolu je me tais et l’oublie tissant nos silences avec les fils de notre histoire.



Poème posté le 06/12/08



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