Le voyageur
Un vieillard titube au coin d’une sombre ruelle hurlant en silence, un fer rouge dans la poitrine…
La lumière est vive et l’esprit se divise...
Gardien du temps qui s’enfuit à chaque seconde, je souffre de ne plus pouvoir m’étendre a l’ombre du voile satiné de cette lune incendiaire, à regarder paître, paisible, mon troupeau….
Mais il déjà l’heure, l’ami, de reprendre cette vie qui coule en toi. Sans douleur ni regret, je draperai ton âme de mon amour, et porterai ton corps sur le bûcher depuis longtemps dressé.
Aucune prière ne t’accompagneras, et sans avocat ni juges ,tu partiras.
Alors seulement, je te ferai entrevoir les mystères de l’univers, la porte des enfers jamais fermée, celle du paradis et ses mornes déserts. Le vide sera ton vaisseau et sur les larmes de la création tu vogueras, libre, jusqu’aux confins de ton imagination.
Puis, quand lassé tu reviendras, presque au bout de ton éternité, comme les autres, tu m’imploreras..
Mourir une dernière fois, pour oublier, pour rêver enfin…
Alors je déposerai ton âme vieillie dans ce berceau si doux, passerai sur ta sagesse acquise, le baume de l’oubli, afin que tu paraisses de nouveau, car nul ne peut mourir s’il n’est déjà né.
Dans un cri de douleur partagée, la vie reprend son cours…
Derrière les yeux fermés du nouveau-né s’éteignent, une à une, les étoiles
Il a froid…
Il a faim…
Il se souvient vaguement d’une leçon sur le bonheur et la souffrance, mais déjà la chaleur du lait maternel envahit délicatement son palais et doucement il s’endort…
Tof