C’était le grand jour et les filles me briefèrent avec des conseils de base que mon lamentable état exige.
J’avais pris l’habitude de trainer des jeans usés jusqu’à la corde, un pull tirebouchonné et de retenir mes cheveux par un crayon pris au hasard sur la table de mon bureau et voilà le tour était joué, je me faisais la beauté qui me tiendrait une journée et souvent une partie de la nuit, beauté très relative qui aurait fait fuir une armée de légionnaires affamés.
- Après tout je n’en sais rien parce que dans mon bureau entre deux piles de bouquins, je n’ai pas encore vu un mâle passer et dans mon état, je crois qu’il pourrait me jouer du clairon entre la boite de trombones et ma tasse à café vide que je ne lèverai pas le nez de ma copie-.
Elles puisèrent dans leurs armoires les artifices nécessaires qui me feront ce soir, la reine d’un jour ! « Tu vas éblouir le restaurant qu’elles me répétaient pour m’encourager.
Elles me prirent en main, elles ne me lâcheraient pas. Je répliquai que j’aimerais mieux aller me coucher, que je n’avais pas faim et vertement je m’entendis dire : « On ne va pas au restaurant pour manger mais pour sortir ».
Vous m’expliquerez parce que je n’ai pas bien suivi le raisonnement, surtout qu’en Mars, pas question de diner en terrasse !
Ce doit être pour cette raison aussi qu’on vous pique votre assiette lors qu’on vous détourne l’attention en vous collant le menu sous le nez. -Je me promis qu’un jour prochain, je me paierai le culot de ne rien commander du tout, pour voir si le serveur me piquerait quand même mon assiette !
Mais si je rayonnais, je monterai la côte qui me séparait de mon supplice ! Je n’avais pas le cœur de décevoir mes amies qui s’activaient autour de moi comme les ouvrières d’une ruche autour de leur reine.
-Vous avez déjà pris le temps de regarder la reine des Abeilles. Hum ? Je suis bien d’accord avec vous, nous avons comme un air de famille : une larve.-
Ça me grattait, ça me gênait, ça me serrait, je bougonnai qu’on ne m’avait encore jamais refusé l’entrée d’un établissement quelque soit ma dégaine, qu’il était inutile d’en faire des tas.
Pour allonger ma silhouette, selon l’expression de Pat dont la formule délicate signifie que je suis plus large que haute, Sla me ficela dans une longue robe noire agrémentée d’un châle et d’un collier de perles, fin prête pour enterrer ma vie de recluse qu’elles me dirent, satisfaites de leur œuvre.
Il faut dire que ces deux-là sont toujours heureuses de leurs initiatives et je perçus comme une odeur de complot.
Sla entreprit de me maquiller avec des machins dont je ne connais pas le nom mais là, trop c’était trop je refusai. -Mon unique produit de beauté restant l’eau froide car suis version féminine la plus économique qui soit. –
alors que Pat me dévoilait par petites touches leur plan qu’elles avaient organisé dans les moindres détails.