C’était un vendredi soir, le jour réel de mon anniversaire. Vous pouvez vérifier !
« C’est un bon présage, tu es bénie des Dieux, demain c’est samedi » et je répliquai : «Et le plus hilarant, c’est qu’après vient Dimanche, le scoop de l’année. Eh les filles ! Le physique ne suit plus, je vous le concède mais le cerveau fonctionne encore un peu ».
Elles m’avaient prévu un week-end d’escapade avec le cadeau enfin jusqu'au dimanche midi.
Il y avait des mois que je n’avais pas acheté d’escarpins, ni rien d’ailleurs, pourquoi, pour qui ?
Je me trimballais chez moi pieds nus, - ce n’est pas pour me vanter mais vraiment suis la version hard discount des cœurs à emprunter- parce que j’avais aussi renoncé à plonger chaque matin sous le canapé pour récupérer mes chaussures.
Sla fait du 40 et moi un petit 38, pour le coup, j’étais à l’aise au repos mais à chaque pas je me tortillais les orteils pour que les chaussures me suivent dans ma marche.
La pantoufle de vair abandonnée et rapportée par un prince charmant ? Mon sens pratique prime sur le romantique et le prince, mes amies me l’avaient chauffé à blanc selon leur expression favorite sans qu’il n’en sache rien, ce que j’apprendrai en fin de soirée.
C’était une affaire, un cœur qui ronronnait sous une solide carrosserie, une occasion à saisir tout de suite, dans mes âges à peine plus usagés, un veuf d’origine slave du village de Sla.
Sa côte montait à huit sur notre grille de critères pourtant stricts qui compte dix échelons. Le veuf était grand ! Je devais donc me percher sur des talons aiguille hauteur maximum.
Je faillis me tordre une cheville et jurai mes grands Dieux que le prochain serait un nain mais les copines sûres d’elles m’affirmèrent : « C’est impossible le cadeau, c’est le bon ». Il me fallut des talents d’équilibriste pour parcourir les cinquante mètres de pavés glissants de chez moi au Grand Cerf[s][/s], un nom des plus appropriés.
En souriant au bel animal, j’imaginai en lettres d’or : le Cocu magnifié. Si un jour, on me demandait d’être marraine d’un hôtel, c’est le nom que je choisirai, il serait l’unique de France à porter le nom que tous les hôtels « honnêtes » devraient porter.
J’avais aussi mon plan, je connaissais l’établissement ; les toilettes juste à l’accueil à droite, je m’y faufilerais et dixit le superflu, les chaussures, les bas et le reste, ça ne se verrait pas sous ma robe longue et les fantasmes du cousin veuf ne m’intéressaient pas.
Mitonné par mes amies qui pensaient rapprocher au mieux deux âmes blessées par la vie, au pire m’offrir un week-end attrayant, Le cadeau attendait dans la cour du restaurant entouré des deux maris.
Je suis la veuve d’un homme vivant et ça n’étonne même plus personne, je ne suis pas envieuse de nature mais je ne m’y ferai décidément jamais d’être une « célibataire » ligotée par le mariage.