Tu n’imagines pas...

Par : Jim
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Jim

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Tu n’imagines pas la faim que j’ai de toi
Eloigné de tes yeux mon corps n’a plus de loi
Tu m’as fait découvrir ô combien le ciel
Peut être vain quand aucun chant n’y bat de l’aile

Tu n’imagines pas combien la mer profonde
Enferme de cités perdues au fond de l’onde
Tandis que les vestiges du présent colèrent
Et font ces continents que les humains espèrent

Naître à nouveau au meilleur de soi-même
C’est le miracle sûr que ton sourire assure
Ta souveraineté à mon espoir est dure

Mais qu’importe les cris des oiseaux qui s’envolent
Au-dessus de la mer ils dominent les pôles
Et dessinent d’un trait le présent au futur

« Tu es le bien d’un pas funeste
Quand vivre inspire le dégoût
Et la beauté naît de l’audace
C’est ce qui nous attire en nous » (1)

Auprès de toi la vie est fête
L’homme n’y peut qu’être debout
A la douleur d’être il fait face
Enfant qui pleure rit mais joue.



(1) Boris Pasternak.
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Mahea

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Révéler de l’intime en cultivant la simplidité des mots et des images, il ne me semble pas que ce soit chose facile à offrir au lecteur et j’aime ça ; rehaussé d’une pointe de « Docteur Jivago », où l’on se fait harponner par la profondeur de sa tendresse, détresse…
Bô !
*

Poème d’Anna Akhmatova sur son ami Boris Pasternak :

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Lui, qui se compare lui-même à un œil de cheval,
Il louche, regarde, voit et reconnaît,
Et, voilà que déjà, tel un diamant liquide
Rayonnent les flaques, s’étiolent les plaques de gel.

Dans la brume mauve reposent les arrière-cours,
Les quais, les poutres, les feuilles, les nuages des cieux.
Sifflet du train. Craquement d’une peau de pastèque.
Timide, gantée de cuir, se tend sa main…

Tu tintes, tu donnes, tu grinces, tu fais battre le flux
Et soudain tu t’apaises – c’est que tu marches
Craintif sur les aiguilles de pin
Pour ne pas troubler le rêve fragile de l’espace.

C’est que tu comptes les grains
Sur les épis moissonnés, c’est que tu reviens
De quelque sombre visite
À la dalle maudite du Darial.

De nouveau Moscou te consumera
Avec au loin le grelot de la mort
Tu t’es perdu à deux pas de la maison,
Dans la neige jusqu’à la ceinture…c’est fini.

Parce qu’il a comparé la fumée à un Laocoon,
Parce qu’il a chanté les chardons des cimetières,
Parce qu’il a rempli le monde d’une sonorité toute neuve
De strophes, qui se reflètent dans un espace nouveau.

Il a reçu le don d’une éternelle enfance,
Et cette munificence, cette acuité des astres,
Et toute la terre est son héritage,
Qu’avec nous tous il a partagé.

1936