Il était une fois un géant aux yeux bleus,
Qui aimait une femme menue...
Elle, elle rêvait de maisonnette
Avec un jardin tout autour
Où le chèvrefeuille évanescent aurait fleuri.
Et le géant aimait comme aime les géants,
Ses mains énormes étant faites
Pour de gigantesques ouvrages,
Il ne pouvait assurément
Bâtir maison si minuscule,
Ni demander qu'on l’accueillit
Sous un toit à plafond comme ça,
Où le chèvrefeuille évanescent aurait fleuri.
Et ce fut un géant aux yeux bleus,
Qui aimait une femme menue...
Et la femme pas plus haute que ça
Rêvant d'existence doucette,
Lasse qu'elle était de suivre,
Le géant en sa course ardue,
Un beau jour s'en vint lui dire adieu,
Au géant aux yeux bleus,
Pour franchir au bras d'un pygmée,
Mais riche fabuleusement, le seuil de la maisonnette
Entourée d'un jardin
Où le chèvrefeuille évanescent avait fleuri...
Le géant aux yeux bleus comprit, mais un peu tard
Qu'à son amour si grand si grand
La maisonnette avec un jardin tout autour,
N'aurait pas même hélas pu servir de tombe.
Nazim Hikmet (1902 – 1963)
in
Anthologie de la poésie turque (Ed. : 1968, Gallimard / NRF), de
Nimet Arzik (1921 - 1989)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nâzım_Hikmet
Ce message a été édité - le 30-12-2020 à 22:50 par Jim