Extrait de « Chagrin d'école » de Daniel Pennac.
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Je me suis endormi tard sur une quelconque page de ce livre. Je me suis réveillé pressé de poursuivre. Je m'apprête à sauter du lit mais un subtil vacarme me stoppe. Ça piaille autour de la maison. Pépiements innombrables, à la fois intenses et tout à fait ténus. Ah ! Oui, le départ des hirondelles ! Chaque année vers la même date elles se donnent rendez-vous sur les fils électriques. Champs et bords de route se couvrent de partitions, comme dans une image à trois sous. On s'apprête à migrer. C'est le vacarme des retrouvailles. Celles qui tournoient encore dans le ciel demandent autorisation d'alignage à celles qui sont déjà posées sur leur fil, toutes frémissantes du désir d'horizon. Magnez-vous, on y va ! On arrive, on arrive ! Ça vole à toute allure. Ça vient du nord par bataillons hitchcockiens, cap vers le sud. Or, c'est précisément l'orientation de notre chambre : nord, sud. Une lucarne au nord, une double fenêtres au sud. Et chaque année le même drame : trompées par la transparence de ces fenêtres alignées, un bon nombre d'hirondelles se cassent la tête contre la lucarne. Pas d'écriture ce matin, donc. J'ouvre la lucarne nord et la double fenêtre sud, je replonge dans notre lit, et nous voilà occupés pour la matinée à regarder de escadrilles d'hirondelles traverser notre piaule, silencieuses tout à coup, intimidées peut-être par ces deux allongés qui les passent en revue. Seulement, de part et d'autre de la double fenêtre, deux minces fenestrons verticaux restent fermés. L'espace est vaste entre les deux fenestrons, de quoi livrer passage à tous les oiseaux du ciel. Pourtant, ça ne rate jamais, il faut toujours que trois ou quatre de ces idiotes se payent les fenestrons ! C'est. On n'est pas dans la ligne. On ne suit pas le droit chemin. On batifole en marge. Résultat : fenestron. Poc ! Assommée sur le tapis. Alors, l'un de nous deux se lève, prend l'hirondelle estourbie au creux de sa main – ça ne pèse guère , ces os plein de vent -, attend qu'elle se réveille, et l'envoie rejoindre ses copines. La ressuscitée s'envole, groggy encore un peu, zigzaguant dans l'espace retrouvé, puis elle pique droit vers le sud et disparaît dans son avenir.
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Une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer, point final.
Ce message a été édité - le 29-01-2021 à 22:43 par Jim