LE PAYS CÉVENOL VU PAR LES POÈTES (2)
Compilation
Guy GEERAERT est né à Nîmes en 1927.
Dès l’enfance, il a été au contact des Cévennes où étaient nés ses grands-parents maternels, sa mère, des oncles et tantes, des cousins.
Il en a gardé l’empreinte profonde. C’est là qu’il considère avoir ses véritables racines.
Hyères, Paris, Vichy, Nantes, Le Mans, La Baule, l’ont vu séjourner et ont jalonné ses études. C’est finalement à Fréjus qu’il achève son périple, pour y vivre sa retraite.
De tout temps, il s’est adonné à la poésie, celle de la nature, de l’amour, de la vie. Ses premiers poèmes en vers classiques remontent à 1944 alors qu’il était pensionnaire dans un collège mixte (guerre oblige) et s’adressent à ses camarades de classe, garçons et filles.
Guy GEERAERT
SOUVENIRS CÉVENOLS
J’ai parfois le regret de mes vertes Cévennes
Où le gardon dolent s’enroule autour des monts,
Et, pareil à ce sang qui coule dans mes veines,
Se nourrit du grand air qui gonfle mes poumons.
Je repense à plaisir, aux routes sinueuses
Qui jalonnent de trous les bois de châtaigniers
Aux chemins empierrés des pentes dangereuses
Où vont s’anéantir d’innombrables sentiers
Et lorsque je revois l’antre béant des grottes
Où sont morts innocents, la tête et le front haut
Nombre de mes aïeux écrasés sous les bottes
Se réveille en mon cœur, le cœur d’un huguenot.
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Guy GEERAERT
LA BAUME AU CŒUR
Entre Alès et Florac, tout au cœur des Cévennes
Se niche Saint-Privat où je reviens souvent
Évoquer à loisir les ombres souveraines
De nos aïeux dont l’âme est complice du vent.
Que tu sois résident, touriste ou de passage,
Ouvre bien grands tes yeux à tout jamais charmés,
Goûte aux plaisirs offerts par notre paysage
Qui s’incruste en ton cœur même les yeux fermés.
Cherche les souvenirs cachés dans la bastide
Qui découvre alentour de la Rivière au Col,
Elle a pour nom « La Baume » et n’a pas une ride
Fière d’avoir gardé son passé cévenol.
Si tu peux sans pleurer regarder la montagne
Qui dresse devant toi son sommet couronné,
Sache qu’un souvenir m’habite et m’accompagne :
C’est derrière ce mont que mon grand-père est né.
Et tout à l’opposé, derrière toi peut-être,
Au bourg de Saint-Frézal dans un lieu-dit « Paumier »,
Naquit chez les Martel, Célina, notre ancêtre
Dont le regard d’amour me revient en premier
A l’heure où l’homme usé sent refroidir ses membres
Et cherche avidement où déposer son faix,
C’est ici qu’il prévoit d’ensevelir ses cendres
Car c’est seulement là qu’il peut trouver la paix.
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Georges GIRARD est Président de la "Société d'Etudes Millavoises" qui constitue un véritable laboratoire réunissant une soixantaine de chercheurs ; de l'archéologue à l'historien, de l'héraldiste au musicien, du relieur au critique littéraire, du numismate, du bibliophile, du généalogiste au poète d'expression française ou occitane sans oublier les infatigables marcheurs des grands Causses qui participent à la vie culturelle du Sud Aveyron et au delà de la Lozère voisine.
Georges GIRARD est en outre "Majoral du Félibrige" fondé le 21 Mai 1854 par sept poètes provençaux autour de Frédéric MISTRAL : "pour garder éternellement aux provinces occitanes leur langue, leurs coutumes, leur caractère et tout ce qui constitue leur âme nationale".
Georges GIRARD
VENDANGES
Je sais une vendange aux coteaux de la vie :
Le soleil de l'amour la mûrit grain à grain
Et le clos qui l'abrite a pour mon cœur serein
Le charme troublant d'une amie.
Fidèle, je m'en viens par delà l'âpre pente
Où palpite la fleur du doute au pistil noir
Jusques aux treilles d'or où s'étire, opulente ,
La grappe lourde de l'espoir.
Aux bras noueux des ceps, mes agiles caresses
- Chaste vol du désir grappillant le fruit mûr -
Cueillent avec ferveur les croulantes promesses
Du raisin couleur de vin pur.
Blonds chasselas de paix, joyeux muscats de flamme,
Au pressoir de mon cœur vous emmêlez vos chairs
Qui s'en vont bouillonner aux douves de mon âme
Avec le bruit profond des mers.
Et les sucs confondus de vos pulpes béantes
Versant le sel des pleurs et le miel des amours
Seront demain, jaillis de poitrines ardentes,
A la coupe austère des jours ,
L'incomparable vin des vendanges humaines,
Le poème limpide apaisant et fruité,
Ambroisie aux reflets de plaisirs et de peines
Offerte à toute avidité ...
Seigneur, doux Vigneron des coteaux de la Vie,
Au soleil de l'Amour mûrissez mon destin,
Et que s'ouvre longtemps à mon cœur pèlerin
Le clos de Sainte Poésie.
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Georges GIRARD
AUTOMNE
Automne, j'ai vécu la multiple splendeur
De tes coteaux sanglants et de tes plaines mauves
Et mon œil a suivi jusqu'aux falaises fauves
L'hirondelle, légère en son vol migrateur.
Automne, j'ai cueilli le lourd et mûr trésor
De tes vignes de pourpre et de tes pommiers roses
Et, bruns présents jaillis de leurs bogues décloses
Les fruits des châtaigniers vêtus de rouille et d'or.
Automne, j'ai chanté ta gloire à perdre haleine ;
Sur les sillons fumants ont volé mes chansons
Et ma voix s'est mêlée à celle des garçons
Glanant dans les taillis tes sorbes et tes faînes
Les râles de ton vent jonchant le seuil des portes
L'écho de tes chasseurs troublant la paix des bois
Dans ton âme ont encor avivé, cette fois
Le brûlant souvenir des espérances mortes.
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Marcelle Raymond GALIÈRE est née au Born le 8 juin 1922. Elle parle de son terroir , de sa vie, de ses enfants et petits enfants, avec authenticité et simplicité, mais aussi avec une richesse de cœur qui transparaît à chaque mot. J'ai choisi de vous présenter un de ses textes intitulé : "BERGERS". C'est de la poésie authentique, une quête d'état d'ouverture totale sur le bucolique. La poésie, ici, saisit le message qui lui est envoyé par la nature et dans lequel son adhésion est un acte de foi.
Marcelle Raymond GALIÈRE
BERGERS
Je les ai vus paraître en nos chemins d'automne
Et leurs regards parlaient à nos vies monotones
Des regards où brillaient les feux de la Saint Jean.
Et ces regards parlaient de douceur, de printemps...
Et piquetaient nos vies comme ces vers luisants
Qui bordent nos chemins, en Juin les soirs de fièvre
Les soirs d'orage lourds, où les charrois pesants
Gravissent le chemin, pleins de foin odorant.
Ces chemins où s'ouvrent les yeux des églantines
Chemins silencieux et ouatés de nuit
Et pénétrés de lune se glissant sans bruit.
De ces chemins du soir où l'on entend chanter
Mystérieuse voix, un crapaud attardé...
Les paisibles bergers dont les pas lourds résonnent
Tant au long des chemins parsemés de cailloux
Les paisibles bergers. Les bergers de chez nous.
Au bord du chemin noir où leurs pas déambulent
On voit parfois le soir un petit feu briller;
C'est l'humble ver luisant qui guide les bergers.
Dans les chemins de Juin tout d'orage chargés
Et comme empanachés de fauve odeur de foin
Seuls et méditatifs, ils passent à pas lents.
Une étoile tremblote dans le firmament
Au bord de l'églantier une fleurette s'ouvre
Sur le monde assoupi, fraîche, la nuit descend.
Et dans la paix du soir un nuage recouvre
La lueur pailletée de la lune d'argent.
Les graves bergers, eux, arrivent hésitants.
Ils nous viennent des monts. Ils nous viennent de loin
Et ils viennent choquer les portes qu'on leur ouvre
Leurs yeux sont étoilés des feux de la Saint Jean.
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Marcelle DURAND exprime au travers de ce long poème intitulé comme celui de Didier BONNAL "Ma Lozère", (que je posterai demain), l'hommage que lui inspire la Lozère. C'est un véritable guide pour visiter le département.
Marcelle DURAND
MA LOZÈRE
Dans le Languedoc-Roussillon,
La grande Auvergne... Tu as un nom ;
Ce nom si doux, c'est "LA LOZERE",
Dite à tort : "Pays de misère" !
Tu donnes source à des cours d'eau ;
Certains iront jusqu'à Bordeaux,
Le Lot, le Tarn, dans la Garonne
Se jetant, sans que cloche sonne !
Les fleurs des prés, les nielles des blés,
Les coquelicots et les bleuets,
La gentiane, la violette,
Le genêt d'or, la pâquerette,
Feront des bouquets, des boissons,
De très efficaces potions,
Ou des parfums bien délicats...
Du MONT-LOZERE : les "pieds de chat".
Les champignons dans les forêts,
Fraises, myrtilles et autres baies,
Seront cueillis dévotement
Par les adultes et les enfants !
La truite glissant sous le rocher,
Lièvre, lapin et sanglier,
Perdrix, faisan, coq de bruyère,
Qui s'envolent dans la clairière,
Sont la joie d'habiles pêcheurs
Et le bonheur d'adroits chasseurs...
Les cordons-bleus, des plus experts
Les préparent : mettons les couverts !
Tes élevages de troupeaux,
Fromages, saucisses et jambonneaux,
Se sont faits des réputations,
Sans concurrence nous l'affirmons !
Tes eaux de sources, tes eaux thermales
Nous donnent leur force vitale...
Voisins de la "TRAPPE", buvons
Son vin, avec modération !
Tes bois s'empourprent à l'automne
Sont féerie... Il n'est personne
Qui ne puisse s'en émerveiller...
Cela, sans jamais se lasser !
Si célèbre est SAINTE-ENIMIE !
Bien protégés ses habitants...
La quitter est vraie nostalgie
Pour un grand nombre d'estivants !
Gorges du TARN et de la JONTE,
Le DARGILAN... L'AVEN ARMAND,
Ce sont des lieux d'où l'on remonte
Pleins d'émotions... Tout en rêvant !
Tu as coteaux, plaines et vallons,
Et surtout de bien jolis monts :
Pic de FINIELS, le MONT-MIMAT ;
Lieu d'ermitage de SAINT-PRIVAT !
Sur tes pentes, l'on peut skier,
Et tes sommets escalader...
Camper au bord de la rivière
Ou se mirer dans la TRUYERE !
Ta cathédrale a deux clochers !
Le pape URBAIN V peut saluer,
Sur la place qui porte son nom,
Les visiteurs de toute nation !
Tes châteaux forts et tes églises,
Tes croix de pierre, narguent la bise ;
Tes croix de fer, sur les chemins,
Montrent SAINT-JACQUES aux pèlerins !
A CHATEAUNEUF quand DU GUESCLIN
Mourait par un triste destin,
A-t-on prié la VIERGE NOIRE ?
Ne le raconte pas l'histoire !
De MARVEJOLS, le duc de JOYEUSE,
Fît une ville malheureuse,
Lorsque qu'HENRY IV régnera,
Grâce à lui, l'on reconstruira !
Sa statue, auprès de la voûte,
Surveille-t-elle l'autoroute
Qui de nos jours fait parler d'elle
Et de l'antique citadelle ?
La Bible du Chanoine OSTY
Dit bien haut que notre pays
N'est pas que ciel bleu et air pur,
Mais intelligence, pour sûr !
De grands évêques t'ont servie,
Des missionnaires, hors patrie,
Ont porté la foi à leurs frères...
D'autres ayant dû quitter leurs terres,
Y reviennent à la belle saison,
Comme l'on rentre à la maison...
Rendent visite aux cimetières,
Portant des fleurs, faisant prières !
Le journal qui te dit "Nouvelle"
A ton esprit reste fidèle ;
Il relie villes et chaumières,
Même au delà de nos frontières !
Il y aurait tant de choses à dire...
Tant de poèmes à écrire,
Sur le passé, sur le présent,
Car nous voyons à tout moment,
Hommes et femmes, de leurs mains,
Préparant de beaux lendemains,
Pour toute communication,
Routes, sports, sciences, éducation !
Chansons, cabrette et farandole,
Nous mènent dans une ronde folle,
Pour faire le tour de la planète,
Louant "LA LOZERE" à tue-tête...
Entraînant tous les auvergnats,
Jusqu'aux présidents et aux forçats...
Que tombent les murs de la prison,
Et qu'il y pousse fleurs et gazon !
Toi, le loup, dans le GEVAUDAN,
Ne sois que souvenir d'antan...
A SAINTE LUCIE, bien logé,
Vis heureux, tu es protégé !
Chère LOZERE, voilà l'hommage
de mon coeur... Il me paraît sage !
Reste pour nous tous la bien-aimée,
Terre bénie... Où je suis née !
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À SUIVRE...