Les réparties du beau mot

Par : Jim
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Jim

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Le mot, cette petite bête qui voyage
Beaucoup, surprend - Rimbaud l'écrit -, cet amoureux
Douanier des cœurs, qui fouille, en chacun des bagages,
L'histoire et le passé qui nous rend si heureux.

Car le mot est vivant et sa mémoire riche !
Et dès qu'on l'interroge, il livre ses secrets.
Il ne sait les garder et très vite on déniche
Tout cela qui le fait tant vulgaire et sacré.

Il est passé par ci, repassera par là,
C'est un voyou taquin qui ne respecte rien.
La frontière sautant, toute langue il parla.
Aussi noble qu'un chat, il erre comme un chien.

Il aime les accents, que pour une ouïe fragile,
Il maquille ou dissimule en coquetterie,
Sans jamais oublier que la langue est tactile.
S'il gribouille les snobs, c'est par effronterie.

Tel un galet, laissons rouler dans la rivière
Ce seul retour qu'il est du présent vers l'hier.
Il n'est pas sans famille, il a nombreux parents,
Et souvent les vieillots sont ceux sortant du rang.

Car il est souvenir du temps qu'il était cri
Et nous parle de nous quand ne savions l'écrit.
Et s'il a quelquefois un cousin désuet,
Il se peut que, de tous, ce soit le plus futé...

©Persona
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Oxalys

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https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=19728&page=1

Pas plus tard qu'ici Jim disait :

Bien observé Oxalys. J'abuse un peu de la circonstance en décapitant le chef de ce verbe d'un coup de hache. Ceci afin de bénéficier des assonances en "i" et des allitérations en "n" et "ss/c"....

Merci Jim de souligner cet esprit d'observation, supplantant de loin mon talent pour la "vraie" poésie avec ses assonances, alitérations, hiatus et autres concepts prosodiques que je peine à assimiler.
Mon observation vient certainement du fait que je ne baigne pas dans le français comme les compatriotes de l'Hexagone, habitués à l'évolution de la langue écrite et parlée. Ce recul explique ma sensibilité accrue pour les écarts de langage comparés avec ce qui était l'usage "quotidien" quand je suis partie.
Je me souviens bien des leçons de grammaire et de vocabulaire en primaire et au collège. Ces règles resteront à jamais inscrites dans ma mémoire.

J'avais salué l'initiative récente de Salus de créer au forum un "atelier perpétuel de réparation", étais prête à y participer mais me suis rapidement rendu (sans e) compte que mes suggestions très "basiques" ne feraient pas le poids par rapport au calibrage haut-de-gamme qui s'est rapidement imposé.

Par exemple la particularité bien française d'avoir deux façons d'utiliser le H aspiré/muet - ou ce terrible casse-tête sur l'accord des participes passés (quel massacre !) ou l'emploi "suranné ?" de l'accent circonflexe.

Mais il n'est peut-être pas trop tard pour relancer l'idée de "réparations" à tous les niveaux de la belle mécanique qu'est notre langue "!
Il en va du BEAU MOT comme de la BONNE GRAMMAIRE qui l'accompagne.

👋



Ce message a été édité - le 20-07-2022 à 11:39 par Oxalys
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Pierre Lamy

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Le beau mot n’a rien à voir avec l’éventuelle beauté de la chose qu’il désigne. Mais tout avec sa musicalité.

Le premier souci de l’écriveron me parait donc d’en utiliser un max. En choisissant parmi des synonymes, le plus agréable à l’oreille.

« Je ne sais qu’une phrase est bonne qu’après l’avoir fait passer par mon gueuloir », confiait Gustave Flaubert. Moquée, cette technique de lecture à (très) haute voix permettait à l'écrivain de satisfaire son exigence stylistique.

Les bons paroliers ne procèdent pas autrement.

Georges Brassens, qui se défendait d’être poète, est passé maître en la matière. Comme Gainsbourg dans un autre genre.
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Salus

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C'est un bon texte ; il y a du fond.


Oui, oui, je suis bien d'accord avec toi, Pierre, cependant, de même que la référence de toute strophe sera la versification, celle de la phrase sera la grammaire ; je suis bien sûr d'accord pour l'entorse, et pour contrevenir à l'une et l'autre, mais pas brutalement, ni par faconde ou facilité ; il faut user de la Transgression comme d'un outil transcendantal ; un moyen exigent, justifié, de pousser le langage au-delà de ses limites, et en deçà de l'inélégance...



Ce message a été édité - le 25-07-2022 à 12:47 par Salus
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Pierre Lamy

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Verlaine a tout compris :

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :

Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

😉



Ce message a été édité - le 25-07-2022 à 14:22 par Pierrelamy
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Salus

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(...)
Le sens trop précis rature
Ta vague littérature


Mallarmé
(dernier vers de "Hommage")