Noyeux Joël (Conte de Noël 3)

Par : Frankvassal
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Frankvassal

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Noyeux Joël jubilait. Il regardait en souriant le Père Noël décoratif qu’il venait d’acheter.
Il avait promis aux gosses de l’accrocher à la gouttière de leur pavillon tranquille, « lottis » aux confins sordides d’une banlieue bourgeoise. Il allait plutôt le balancer dans la cheminée !

« Cela leur fera une bonne surprise pour le réveillon ! »pensa-t-il.

Noyeux Joël adorait faire des sales blagues, depuis toujours… Pour être honnête et concis, Noyeux Joël était une véritable enflure et il revendiquait avec une fierté certaine cette particularité peu banale.
Au fil des années, il avait acquis une expérience fantastique dans l’art assez original de nuire de façon purement gratuite à son entourage.

Le déclic avait eu lieu alors qu’il était en CM1 : Un après-midi d’automne, il s’était précipité dans le bureau du Monsieur Galice, le conseiller d’éducation pour dénoncer un de ses camarades qui avait pissé après la cantine sur la porte de la salle des professeurs.
Il avait ouvert la porte du bureau de Galice sans frapper et avais surpris ce dernier dans une position très inconfortable et peu conventionnelle puisqu’il était en train de se faire sodomiser par Monsieur Flatinette, le professeur de musique. Il avait fermé la porte doucement.

Jusqu’à l’obtention de son baccalauréat sa scolarité fut des plus tranquilles. Il passa dans les classes supérieures avec les félicitations, parfois contre l’avis de certains professeurs.

Depuis cette époque, il n’avait cessé de recueillir sur ses proches toutes les informations intimes qui pouvaient, le cas échéant, lui être utiles. Il s’en servait avec parcimonie pour obtenir des avantages divers : une promotion professionnelle (son patron entretenait une jeune Africaine en situation irrégulière), une tranquillité familiale sans bornes (son épouse lui avait confié un lourd secret de famille) ou les faveurs d’une collègue de travail (elle avait falsifiée les notes de frais d’un des commerciaux de la boîte).

Le matin même, il avait obtenu un rabais très important de Monsieur Rodriguez, le patron de la petite société qui lui construisait sa véranda. Ce dernier s’était vanté de faire du « black » régulièrement et devant l’incrédulité toute feinte de Noyeux Joël, il lui avait montré avec un clin d’œil appuyé, un devis sur gonflé et la facture correspondante :
«- 30% de moins, 15% pour le client et 15% pour moi !!! Faut bien vivre, hein, M’sieur Noyeux ?
-Et si vous me montriez de nouveau le modèle sur catalogue, Monsieur Rodriguez ? «
Dès qu’il fut revenu de sa camionnette avec le gros catalogue des vérandas « Luxor », Monsieur Rodriguez se hâta de glisser dans la poche de sa veste les fameux documents compromettants oubliés sur la table. Il n’avait fallut à Noyeux Joël, pas plus de 15 secondes pour les photocopier.

Bien sûr, quand il demanda ce matin, à Monsieur Rodriguez ce que ce dernier risquait si le fisc entrait en possession desdits documents, il obtint aisément une belle remise de 30% et l’assurance que les travaux seraient fini avant la fin de l’année.
C’était son cadeau de Noël familial et collectif cette véranda dont le coût total avait été financé par la prime de fin d’année soutirée comme d’habitude, en échange de quelques clichés exotiques et licencieux, à son patron compréhensif qui avait vraisemblablement une prédilection pour la levrette.

Noyeux Joël gara sa berline allemande flambant neuve obtenue au prix de l’occasion chez son concessionnaire qui avait pour fâcheuse habitude de laisser trainer dans le tiroir de son bureau des polaroïds sur lesquels on pouvait le voir, souriant, en compagnie d’une jolie Thaïlandaise qui ne ressemblait pas du tout à la photo de son épouse dont l’air revêche agrémentait un cadre en plexi.

Tout était calme. Les pavillons alentour clignotaient de décorations de Noël bon marchés.
Noyeux Joël récupéra une échelle dont se servaient les ouvriers de Monsieur Rodriguez et il grimpa sur le toit.

Alors qu’il s’apprêtait à balancer le bonhomme en plastique dans la cheminée comme il l’avait prévu, il posa le pied sur un truc mou qui lui fit perdre l’équilibre.
Il s’écroula lourdement sur les tuiles et commença à glisser en arrière et à plat ventre sans parvenir à accrocher quoique ce soit pour ralentir sa chute.
Il aperçut en une fraction de seconde ce qui avait provoqué sa glissade : le hamster de sa fille qu’il avait étranglé le mois dernier et balancé sur le toit avant d’expliquer à la petite en pleurs que le chat l’avait dévoré. Du coup quand il écrasa ce dernier par inadvertance calculée, une semaine après…c’était Dieu qui avait punit le tueur de hamster. Il s’était ainsi aisément débarrassé des animaux de la maisonnée.

Noyeux Joël bascula dans le vide .Il savait qu’il allait s’écraser sur les sacs de ciment abandonnés par les ouvriers et qu’il se ferait très mal. Ce qu’il ignorait c’est que Monsieur Rodriguez et son équipe avaient travaillés toute la journée pour finir la véranda, avec un zèle fortement stimulé par les menaces faites le matin même.
Madame Noyeux ne lui avait rien dit car elle voulait lui faire la surprise, elle était gentille Madame Noyeux.

Noyeux Joël eut juste le temps de constater, alors qu’il traversait la verrière, que le modèle « Luxor Cajun » avec la structure en bois blanc était vraiment le must et il mourut sur le coup.

Le jeune médecin célibataire qui venait d’emménager dans le lotissement pavillonnaire fut fort circonspect devant ce corps sans vie dont le visage sanguinolent était en partie recouvert par le cadavre décharné d’un hamster aux babines retroussées sur un sourire moqueur.

Mais il accepta tout de même et sans se faire prier de partager le repas de Noël avec la famille Noyeux ; Il était seul et n’avait rien prévu. Madame Noyeux semblait si douce et paraissait soulagée malgré ses larmes Son calme apparent l’émût…

Au dessus, à travers la verrière éclatée dont les brisures de verres scintillaient sous la lune, le Père Noël en plastique pendait, tranquille, accroché fermement à la gouttière métallique.