L'île plurielle

Par : Lau
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Lau

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C’est l’île du cagou, de l’igname et des mangues,
Y volent mille fleurs, y chantent mille langues,
De Plum à Kaala-Gomen ;
Du nickel à l’argent, quelques terres exsangues
Crachent au Pacifique et leur ventre et ses gangues,

Et le paradis crie : Amen !

C’est l’île du cyclone où les blattes ailées
Trottinent sur vos chairs, et des leurs, ocellées,
Suintent de bien tristes humeurs ;
Mais c’est sur ce caillou que nos amours sont nées,
Et dans tes cheveux noirs, le feu de ces années

Allume mille ilôts-bonheurs


*************


Mahana

A bâbord
Déjà *
L’aéroport international !
Le soleil gicle sur les vitres
Le train d’atterrissage crisse au tarmac.
A droite
Encore
La Base aéronavale
Saupoudrée de flamboyants et de bougainvilliers
Ça y est !
Tontouta… Tontouta
Cosmopolite terminus
Se croisent
Le Canaque, le Caldoche, le Vanuatan
Tout ce que le Pacifique compte d’ex îlés
Tous ceux que la Métropole a bannis
Au bagne mis
Le Kabyle, le Philippin, le Breton qui jurait,
L’Australien, le Futunien, le Japonais
Des millions d’âmes métissées
Sous les banians
Des langues
Des milliers
Le javanais le xârâcùù
Le bichelamar

Ton regard
C’est la première fois que j’écris grâce à l’aiguille d’un oursin-crayon
Ton prénom

* Derniers vers du poème de Cendrars 35° 57' LATITUDE NORD 15° 16' LONGITUDE OUEST

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"Boire café"

Si le dimanche à Saint-Michel, on vous invite à « boire café », à l’ombre d’un vieux banian dans le parfum des gardénias, votre journée se finira, sans que vous l’ayez vue passer, dans les vagues de Poindimié ou la douceur de Canala.

Quand elles rentrent du marché, les pochons emplis de dawas, de mahi-mahi, de trocas, de bonbons au tamarin pour les essaims de bambins qui depuis l’aube déjà s’égaillent sous les manguiers,

Hanaleï, Manavaï ou d’autre Manuarii chantent des noms exotiques d’oiseaux pas très catholiques dans un marquisien où les « k » claquent aux oreilles des hommes endormis çà et là, le ukulélé à la main…

L’un réveille le feu d’hier au-dessus duquel un cabri -ou plutôt ce qu’il en reste- laisse goutter un peu de graisse sur la cendre chaude dans un tchitchi délicat qui fait écho à la mousse des vaguelettes pacifiques.

Si le dimanche à Saint-Michel, on vous invite à « boire café », c’est pour que ne cesse la fête et que l’île soit pour tous un Shangri-La d’Amitié…

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Pacifique et féminine

Comment ça ? Commença sur le sable de l’anse
-Un demi-cercle en terre, en mer et sur une île-
Livrée au Pacifique, au cyclone, à sa danse,
Sous la palme agitée et qui swingue et balance
Dix, cent coups de fouet -sons-, que dis-je, dix, cent ? Mille,
Un million d’accords, à nos voix et leur trille.

J’avais, glacial trouvère, un vers sec et mon trille,
Bien que quartz et rugueux, assouplissait cette anse,
Le cagou nous fixait, son aile pleurait mille
Notous, cousins, maoris bannis d’une autre île ;
Le laticauda file et, sous ses rais, balance
Une alternance en ocre et noir ; c’est une danse !

Une indigène à ma hanche effleura la danse,
Perruche, un sucre, Ô le plus sucré, secret trille,
Impact sacré, voilà que son sein me balance
Vers la vanille, au nirvana, j’y vais mais l’anse
Est l’aimant, source qui nous rallie à cette île,
Et je replongeais au courant de ses creeks, mille !

Vibre un ukulélé, guilleret sur les mille
Pas et rythmes fougueux que mène cette danse,
Par le pilou-pilou, le pied martèle l’île,
Quand l’alizé souffle de longs soupirs au trille,
Qu’un bleuté sombre enfin se couche sur notre anse,
Que le renard-volant, sous la Lune, balance.

Sur un doux tifaifai, son corps gite et balance,
Mil encor mil clins d’œil, ocelles, mille et mille
Lumignons, ces éclairs vifs illuminent l’anse,
Incitent à s’offrir une autre, intime danse :
- Evidemment ! Je m‘ouvre à l’inédit du trille
Dont la note résonne encor au haut de l’île.

Charnue, une mangue –la plus belle de l’île-,
Une éternité douce où mon cœur se balance,
Balance au gré de ses humeurs -affolant trille-
Des saveurs, sur ma langue, en fredonnait cent mille ;
Mon chant, mon corps voulaient mourir sur cette danse,
Couler sous l’amour vague au sable chaud de l’anse.

Si l’anse ainsi s’éteint, s’éclipse alors notre île,
Danse aux flots le corail ; en ce sérail, balance
Un rêve aux mille sons sur l’azur de ce trille.

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L'aveugle et le banyan

I

Sous les feux violents d’un midi pacifique,
Corps à même la sèche écorce d’un ficus
-Une baleine en bois, un banyan magnifique-
Aveugle, tu t’endors aux ors que tu vécus.

Tonitruant azur, sa source jaunifique
S’étoile en mille rus et les fleurs d’hibiscus
Sont autant de rubis quand l’image nymphique
Se livre à ton esprit vengeant tes yeux vaincus :

La sève dans le sang, les veines aux lianes,
Tes doigts touchent les mains de muses océanes
Qui promènent ton cœur près du frangipanier,

Couchent tes os lassés sous le ciel d’une hutte
Aux nuages rosés, le canaque vannier
Tresse un fil de lumière à ton âme et sa chute.

II

Sa chute dans un creek au pied du Mont Panié,
Au Tropique du Capricorne,
Sur un rocher sacré dont l’île de Kunié
Comme un des plus beaux bijoux s’orne,

Sa chute dans la mine ouverte de nickel
Ou plus au sud, auprès du chrome,
Dans l’eau rouge et salie au riyal, au shekel,
A l’absurdité de l’âcre homme ?


III

L’âme et la chute, -chut ! à Dante,
L’aveugle à la vue ascendante
Pêche sur les eaux de Yaté
A bord d’un coracle natté
La perche et son épine ardente,

Sur les plages de Plum, il chante
La passe, le pertuis, la sente,
A celui qui sait l’écouter,
Aime se laisser envoûter
Au gré d’un parfum qui le hante :

Une odeur de coprah mêlée
A l’humeur douce et vanillée
Que juste un trait de goménol
Excite, élève d’un bémol
Vers une caresse exilée
Dans le fût d’un pin colonnaire
Qu’illumine un rouge lunaire.

Sur un versant du Mont Koghi,
L’aveugle est dans l’œil du cagou
Qu’abrite un banyan millénaire

Porté par un océan qui
Par-delà la barrière, cou,
Lui tranche le goût d’éphémère.




Ce message a été édité - le 20-05-2024 à 10:52 par Lau
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Miouz

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Vingt dieux ! Que c'est beau !
J'avais pondu un commentaire moins lapidaire, mais non. Celui-ci résume bien le tout.
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Pierre Lamy

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Inspirée par une désespérante actualité, cette suite de chants d'amour est émouvante et sublime.
😊 😊 😊 😊 😊
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Lau

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Plaisir si ça vous transporte... On n'y fait pas que des incendies, on y navigue aussi...


Béérëwè -Pirogue-

Une offrande était faite auprès de Manghénine :
Un pot de tabac brun, quelque igname, un taro ;
Le maître de céans, le grand serpent d’Oro,
Aurait sur l’abattage un regard magnanime.

Un premier coup de hache au pied du kaori,
La sève descendait, c’était la vieille Lune ;
Couchée horizontale, une impeccable grume
Devenait vite un fût, de l’écorce, amaigri.

Sous les cris du cagou, les coups de barre à mine,
Le feu creusaient la chair tendre comme l’uru,
L’herminette évidait, lissait le bois écru,
L’oiseau striait le ciel de sa note canine.

L’acte final de ce tropical opéra :
Sur l’épaule, les fustiers portent la fortune ;
Aucun tabou n’est transgressé, c’est la coutume,
Longtemps sur le lagon, l’arbre naviguera.

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Salus

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Quels voyages !
Quelle verve !
Quel bagage !
Que de verbes !
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Lau

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Vrai bonheur
D'ainsi lire
De ta lyre
Cet honneur !
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Mahea

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Une vie trépidante ce Blaise...
'Oa 'Oa
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Lau

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