Déiphagie
Le langage est une gageure,
Et je gage, et même je jure…
… Oui, je jure, lige à ma fée,
De ne chanter que l’or d’Orphée !
Si la gouge des muses gruge
Tout esprit dont l’espoir s’insurge,
Suivez, Parques mal déguisées
Par mes rimes qui, dégrisées,
Ne s’étalent que sur la serge
Blanche du papier dont émerge
Un sillage perlé de jade :
Le message doux de l’aubade !
Noires Kères, augures, Moires,
Sachez être au cœur des histoires
Sans chanter d’affreuses berceuses
D’où s’élèvent les notes creuses
Des croyances, et la prière
Due à ce divin mortifère
Qui s’est précipité par l’isthme
Dont s’est affaibli l’animisme
Au temps où, quittant la nature,
L'être humain, se voulant mature,
Fit pousser d’amples Babylones,
Papillonnant sous ses icônes
Jusqu’inventer, monothéiste,
Cette immanente et fausse piste
Dont l'écriture est bien la seule
Voix qui nous ronronne et qui feule,
Face aux sales cacophonies
Des civilisations honnies
- Hors ces lois, qui gravent la force
Comme un droit, dans la lettre torse,
Et la mauvaise poésie,
Seule grave et vraie hérésie !
… Car le langage engrange et dure,
Et je jure, et même j’engage,
Si j’enrage aux voix du démiurge,
A s’arracher de cette cage !