Temps de pluie noire On ouvre la porte et
Devant nous s'étendent les allées : à droite à gauche
Des tombes ainsi que feuilles grises de part et d'autre d'une tige
Qu'on arpente lentement comme des chenilles
Un vague silence accablé Entre les murs s'attarde l'écho
Secoué de pleurs d'un deuil récent
« Je suis venu avec des fleurs mais pas des chrysanthèmes
Ce sont les roses qu'elle aimait
Je lui apporte toujours des roses »
Au sommet de la montagne luisent les rochers
Et les fragments d'une forteresse ruinée où jadis régna l'éclair
On trouve encore au bord du chemin des boulets de pierre
Des traces de combats et des fragments d'armures froides
Pareils à des squelettes d'échassiers en désordre
Temps de pluie noire Au fond des brumes on devine une vallée
Des bâtisses incertaines par la poterne de sortie du cimetière
Aucun des miens n'est ici Sur la pente à la nuit s'allumeront
Les lumières en croix des villages Par les rideaux qui bougent
Des vieilles nous regarderont passer dans la rue et rire bruyamment
Hocheront de la tête un coude appuyé à la table ronde
Où trône un napperon de dentelle orné d'un haut bouquet
Qui éclaire la pénombre pleine de bahuts et d'objets indistincts
Puis elles allumeront la télévision pour suivre l'office de Toussaint
Pendant que six pieds sous terre la mort figera des rires
Insonores et forcés
Tandis qu'autour des tombes un vent pluvieux agite sur leurs tiges
Dans les bacs près des couronnes d'émail et des inscriptions désuètes
Quelques touffes d'herbes minables et de clochettes desséchées