J'ai eu très tôt un amoureux. Dans mon berceau, si, si. ne vous en déplaise.
C'était le fils des voisins agriculteurs. Ses parents s'occupaient tôt le matin de leur cheptel et ils laissaient leur fils seul. Jack prenait ses chaussures à la main, traversait la rue, entrait chez moi, montait l'escalier, ouvrait la porte :
- Qu'est ce que tu fais là Jack ? disait ma mère
- Je viens voir dormir la Arie. Et il s'agrippait aux barreaux de mon lit bleu et passait de long moments à me regarder.
Notre" liaison" n'a pas résisté au delà de la maternelle.
Bien des années plus tard, Jack était facteur, c'est lui qui mourut en premier.
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Puis ce fût insidieux, au fil des ans, j'apprenais le décès subit d'un autre.
Je me souviens, nous étions au Lycée ensemble. C'était mon amoureux, il le fût un jour et deux nuits tant nous étions volages. Je voulais les goûter tous, ils étaient tous à mes pieds. Même le prof d'anglais, celui de sciences aussi, euh... tous les profs de sexe masculin.
J'étais nulle en anglais, il était blond, on s'en foutait. Le jour du bac j'ai passé l'oral de rattrapage .
-"Dites moi ( il me vouvoyait en cours) un seul mot d'anglais et vous avez votre bac ...."
Je le regardais insolemment, dans les yeux, je n'aimais déjà pas la charité, ni payer, il n'avait rien compris. Si. J'ai eu mon bac.
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Tu te rappelles, on était à la fac avec lui eh bien il est mort !
Première, deuxième année ? nous dissertions sur la vie. C'était un adepte de Freud et nous faisions des travaux pratiques sur canapé ... Le matin, sur les bancs de la fac nous nous étiolions de notre dernière nuit blanche.
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Tiens, pas possible ! Lui aussi est ...Si précocement ! Il avait à peine quarante ans !
Ah les années fac de médecine, il était devenu médecin , moi infirmière, nous braillions " la digue du cul" aux nuits de la médecine, aux nuits des infirmières. Nous apprenions les bases de la réanimation, à bouche que veux-tu.
Où est notre belle jeunesse ?
Qu'avons nous fait de notre insouciance notre beauté , notre intelligence ? La jeunesse, ce viatique,
A dose infinitésimale, d'une manière insidieuse, au fil des années , les hommes s'en vont ailleurs, ils ne sont plus.
A voir les photos de classe, nous savons que nous allons tous passer à la trappe, pour moi ce fût Jack le premier à partir.
Personne ne peut prédire sur la photo, qui restera le dernier des hommes.
Croyez -vous que les gens qui partent tôt, sont ceux qui ont le moins de courage ? c'est une théorie qui fait son chemin dans le milieu médical. On part parce qu'on le décide inconsciemment.
Ainsi Jack , mon premier amoureux, était fatigué de vivre ?
Car il en faut parfois du courage, pour continuer.