Luxuriantes réminiscences
(Un monde qui disparaît)
- Aux quartiers cachés de Ziguinchor,
Aux vieux, assis sur leurs talons...
La brume en lambeaux, soie impalpable et diaphane,
Lève son voile où luit le ciel
Et l'étoile naissante en cent langues de miel
Caresse et lustre la savane,
La dore et la safrane en un flot torrentiel
Où fluctue et fuit la lumière,
Eblouissante et quotidienne avalaison
Dont, pluie et nuit, point la saison.
Sur le "tan" craquelé, la surface lunaire
Où la faune erre, un horizon
Circulaire indique un havre d'arbres et d'ombre,
Poisseux d'une humide touffeur
Que la glaise du sol, cent fois recuite à cœur,
Annihile au feu de son ambre
Dès qu'une averse sombre à la folle ferveur
Du furieux mascaret solaire
Qui l'évapore avidement,
Buveur soiffard de l'aube claire...
...déjà passée ! Et l'air blanchi d'assèchement
Atteste, pour la bête attentive qui flaire,
Pour la flore qui sent, l'exact futur moment :
L'eau tombera du proche orage,
Instantanée, appelant l'électrique éclair,
Des trombes sembleront la mer,
Qui, poche enceinte sous l'immensité, s'enrage,
Enfle et ravage, au sel amer,
Scarifié fugacement par les sabots,
L'indice de toute la brousse !
L'ondée, ensuite, effacera la terre rousse
Palimpseste incessant des beaux
Habitants : du crapaud-buffle à la biche douce,
Des marabouts aux galagos
En passant par les mains innombrables du singe,
Le grain suivant, comme d'un linge,
Lavera l'étendue en la nappant de flots
Pendant qu'aux îlots la syringe
De mille oiseaux saluera les grâces du vent,
Qu'à l'orée enflera le fleuve,
A l'estuaire où ma mémoire encor s'abreuve
D'une Afrique hélas trop souvent
Sous un joug éprouvant.
Surexploitée et veuve.
Bolongs saumâtres et merveilleux ;
Dauphins des rives, intenses cieux
De mes périples au monde immense.
- Quinze ans ! J'explore la Casamance...
(Le "tan", c'est du wolof)