Fêlée, égratignée par le poids des années,
La vieille cruche attend au fond du vieux buffet,
Rêvant au temps béni des tables couronnées
Où son flanc de vernis comme un astre brillait.
Elle ignore la ride et son argile usé,
Se moque du cristal et du talent d'orfèvre,
Persuadée encor d'être l'élue des lèvres,
Une œuvre de potier par les dieux jalousée.
« Voyez mon galbe pur et mon anse royale ! »
Dit-elle à la cuisine en son vilain Chorus,
Chantant son élégance à la ronde chorale.
Balancée au roncier parmi les détritus,
Un rat vient y loger, une bête la troue,
Et son rêve de grâce est noyé dans la boue.
19/10/26