La fête battait son plein, tout le monde était joyeux. Le roi avait appris à boire. Sa jeunesse, dans son monde fermé et une protection prolongée de son père, ne lui avait pas permis de connaitre tous les vices de ce monde. Mais en un temps record une éducation de roi devint un dévergondage des ruelles obscures. Tout dégringolait. Un château de cartes qu’un souffle pouvait faire tomber. Il apprit donc à boire de ce vin, de ce sang sucré qui pouvait lui donner encore plus de force et plus de rage, plus d’envie à envouter les autres par des excitations d’artifice. La jument heureuse de le voir en demander, encore et encore. Elle qui espérait avoir les faveurs nocturnes... Elle ne pouvait pas savoir… elle ne pouvait pas savoir que juste une gorgée pouvait le mettre dans un autre état. D’aiguière en aiguière, le maître des lieux commençait à perdre son équilibre. A perdre sa raison. Lui qui, en cerf conscient, pouvait faire trembler une assistance de guerriers. Lui qui, étant jeune, s’entrainait à l’arc avec son père dans ce désert où il avait prouvé son endurance. Lui qui au tir de lance, à un très jeune âge, avait une performance de combattant. Lui qui dépassait les autres jeunes parce qu’il avait prouvé sa ruse dans ce désert hostile. Lui qui aimait chasser les gazelles en course. Mais c’en était fait de lui. Il commençait à perdre ses esprits. Lui qui, une heure avant, ne savait même pas le goût de cette boisson enivrante. De cette boisson qui pouvait lui cacher l’esprit…
Un des valets, craintif, ne voulait pas voir son maitre dans ces états déplaisants sachant que des étrangers étaient présents dans le sérail. Le prétexte était suffisant pour le mener loin des lieux où régnait cette ambiance folle. Le serviteur était un homme fort, d’une très bonne constitution physique. Il avait toujours été son protecteur et le restait. L’homme fidèle. Le bras du père. L’ami du père. L’homme sobre. L’homme d’équité. L’homme qui donnait conseil au père. L’homme qui gardait les secrets du royaume et qui savait que le libertinage du jeune roi était éphémère. En période de paix et de sérénité le père, le vieillard, voulait mettre son fils à l’épreuve. Le vieux qui doutait du comportement de son ainé, avant son départ, avait chargé le conseiller d’en prendre soin. Ce fils qui devait, un jour, prendre le flambeau…
Après le départ du roi, soutenu par le valet, tout le monde se trouvait dans une situation embarrassée. Continuer les festivités sans le roi était chose impossible. Certains pensaient que le roi avait été pris d’un malaise. Tout le monde accourait.
Les serviteurs se sont chargés des invités et les ont menés vers leurs salles. La jument et la luciférienne sont restées dans leur soif. Elles étaient effrayées. Elles ne pouvaient guère deviner cette curieuse tournure. Mais toutes deux ont juré dans leur cœur que demain serait un nouveau jour…
Comme dans les mille et une nuits… à demain.