En remontant sa vie, il déroula le fil d’une brutale nuit qui voulut l’arrêter…
Ni la date, ni l’heure, encore moins le lieu de l’effroyable scène n’avaient pris une ride.
Comment plus de trente ans pouvaient-ils effacer ses plus belles années soudainement brisées ? Il en fallut tant d’autres pour enfin détacher les liens de sa prison sans porte ni barreaux !
Oh ! Cette ombre lointaine et si proche parfois permit de mieux la voir, d’en saisir la raison, d’éviter son retour, d’éviter ce fracas pour ne jamais porter à nouveau son fardeau. Il l’avait tant porté, le dos ployé, le dos brisé, qu’il le vit si souvent si près de ses épaules, si prompt à le broyer définitivement.
Il lui fallut faire front aux assauts du fardeau l’attendant aux virages, aux carrefours de sa route. Ni virages, ni carrefours empruntèrent son chemin sinueux. Il savait ses embûches, en déjouait les pièges, ceux qu’il n’avait pas vus une fraction de seconde. Dans les moindres détails, il l’avait tant revue, tant décrite en mémoire sa seconde fatale que la suite si claire et si sombre à la fois resterait toujours noire parmi ses souvenirs
Les pages enfin jaunies de ses années en berne, bien d’autres avaient saisi le soleil de la vie, de sa vie trépidante d’adulte épanoui.
Pourtant, il lui suffit de vouloir réécrire la préface jaunie, d’en rechercher l’histoire, d’imager les détails pour que tant soient jetés aux ombres éternelles !
Quelques trous de mémoires ? Non, cette nuit d’accident, tant d’images restaient claires !
Quant aux autres ? Nul ne lui avait dit ses évanouissements.